Art Blakey & the Jazz Messengers - Moanin'
Art Blakey and the Jazz Messenger - Moanin' (1958)
Un tournant dans l'histoire du jazz
Moanin’ est un album phare de l’ère hard bop. Indéniablement, c’est aussi une pièce maîtresse de l’histoire du jazz. Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas du premier enregistrement d’ART BLAKEY pour Blue Note Records (le batteur avait déjà gravé plusieurs disques pour le label), mais ce disque marque bel et bien un nouveau départ dans sa carrière, autant qu’un retour aux sources.
Enregistré le 30 octobre 1958 à Hackensack (New Jersey) dans le studio de Rudy Van Gelder, aménagé depuis 1949 dans le salon de ses parents avant l’ouverture de son célèbre studio d’Englewood Cliffs en 1959, l’album paraissait initialement sous le simple titre Art Blakey & the Jazz Messengers. Le succès immédiat du morceau d’ouverture, Moanin’, fit que le disque fut rapidement connu sous ce nom. Il faudra toutefois attendre 1966 pour que Blue Note fasse apparaître officiellement ce titre sur la pochette d’une réédition.
Blakey enregistre alors avec ce qui reste probablement son meilleur quintet : Lee Morgan, vingt ans à peine, à la trompette ; Benny Golson, trente ans, au saxophone ténor ; Bobby Timmons, vingt-deux ans, au piano ; et Jymie Merritt, contrebassiste solide et inventif. Plutôt que de mettre en avant une compétition instrumentale, Blakey a voulu que les musiciens s’harmonisent et fusionnent. Le résultat est un équilibre rare, où la cohésion du groupe surpasse les individualités : sans doute la réalisation la plus aboutie des Jazz Messengers.
Le morceau-titre, Moanin’, est devenu l’un des standards les plus reconnaissables du jazz. Composé par Bobby Timmons, il s’inspire de la ferveur des offices religieux, avec un appel-réponse entre piano et cuivres qui rappelle le gospel. La contrebasse de Merritt ne se limite pas à soutenir le piano, mais marque le rythme avec autorité. Lee Morgan signe un solo aux accents blues maîtrisés, suivi par Golson dont le phrasé accrocheur se marie parfaitement à l’ensemble. Avec son groove quasi funky, Moanin’ annonce l’esprit de morceaux emblématiques comme The Sidewinder de LEE Morgan ou Watermelon Man de HERBIE HANCOCK.
Les racines gospel de Timmons s’entendent d’autant plus que son grand-père dirigeait une église de Philadelphie, où le pianiste fut initié à l’orgue dès l’âge de six ans. Sa contribution à l’album se limite à ce morceau, mais sans lui, Moanin’ ne serait pas ce qu’il est : un classique absolu.
Le saxophoniste Benny Golson signe pour sa part quatre des autres compositions. Are You Real déroule une ligne accrocheuse où Blakey s’exprime avec fougue. Morgan et Golson s’y partagent la responsabilité mélodique, l’un incisif, l’autre fluide, tandis que Merritt offre un solo élégant et Timmons distille ses interventions avec finesse.
Along Came Betty séduit par sa classe et son lyrisme. Le solo d’ouverture de Lee Morgan respire la décontraction, tandis que Blakey, d’ordinaire volcanique, choisit la retenue avec de subtiles envolées.
Avec The Drum Thunder Suite, Art Blakey met son instrument au premier plan dans une construction en trois mouvements (Drum Thunder, Cry a Blue Tear et Harlem Disciples). Véritable vitrine de son art, la pièce évoque tour à tour la tempête, le lyrisme mélodique et l’exaltation rythmique, tout en respectant l’architecture propre au jazz moderne.
The Blue March joue la carte de la fanfare, avec une batterie martiale et un dialogue constant entre trompette et saxophone. Enfin, l’album se conclut sur Come Rain or Come Shine, standard d’HAROLD ARLEN et JOHNNY MERCER, revisité avec un arrangement aux rythmes décalés qui contraste avec la légèreté du refrain.
Immortel et éclectique, Moanin’ reste une œuvre charnière. En 1958, alors que le bebop avait ouvert la voie à un jazz plus complexe et introspectif que celui des big bands, Blakey et ses Messengers proposaient un hard bop moderne, accessible et inspiré. Le jazz, désormais, n’était plus seulement une musique à danser, mais une musique à écouter, à analyser et à rêver.
Ce 30 octobre 1958, toutes les planètes s’étaient alignées : un groupe exceptionnel, un label prestigieux, un ingénieur du son visionnaire et des compositions de premier ordre. Dans le jazz, dit-on, la perfection n’existe pas. Mais avec Moanin’, Art Blakey s’en est approché.
Fiche techniques :
Enregistrement : 30 octobre 1958
Lieu : Van Gelder Studio (hackensack, new Jersey)
Sortie : 1958
Durée : 39.16
Genre : Jazz
Style : Hard Bop
Label : Blue Note Records
Producteur : Alfred Lion
Ingénieur du son : Rudy Van Gelder
Label : Blue Note Records
Art Blakey : batterie
Benny Golson : saxophone
Lee Morgan : trompette
Bobby Timmons : piano
Jymie Merritt : contrebasse
Face A
- Moanin' (Timmons)
- Are You Real (Golson)
- Along Came Betty (Golson)
Face B
- The Drum Thunder Suite (Golson)
Theme 1 / The drum Thunder Suite
Theme 2 / Cry A Blue Tear
Theme 3 / Harlem Disciples
- Blues Marchs (Golson)
- Come Rain Or Come Shine (Arlen & Mercer)
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