Blue Oyster Cult - Blue Oyster Cult


Blue Öyster Cult – Blue Öyster Cult (1972)
Naissance d’un alien musical

1972. Après la fin d'une décennie marquée par l’essor des groupes psychédéliques américains (de GRATEFUL DEAD à JEFFERSON AIRPLANE), une nouvelle vague débarque d’outre-Atlantique. Portés par LED ZEPPELIN, BLACK SABBATH, DEEP PURPLE et consorts, les Britanniques imposent leurs riffs massifs et abrasifs, redessinant le paysage sonore américain et annonçant une ère musicale plus sombre et électrique. Dans ce contexte, un OVNI longiligne vient d’atterrir à Long Island (état de New York). Un quintette à 3 guitares électriques, prêt à secouer le hard rock américain avec sa Gibson Lespaul en guise de vaisseau spatial. Face à la horde de barbares anglais, le pays de l’oncle Sam montre qu’il n’a rien à envier sur le terrain musical. Le nom "Blue Öyster Cult" peut prêter à sourire (littéralement "le culte de l’huître bleue"), mais c’est bien leur musique qui impose son autorité à grands coups de décibels. Ce premier album force le respect. Certains diront que le son a vieilli, que les sillons sont incrustés de poussière, mais où serait le charme d’une œuvre si elle n’était pas marquée par la patine de son époque ? La pochette en noir et blanc déssinée par l'artiste Bill Gawlik plante d’emblée le décor : un univers cosmique, angoissant et architectural. Un ciel étoilé surplombe une construction énigmatique, évoquant à la fois un temple, une prison futuriste, voire un camp de concentration spatial (une voie ferrée traverse ce camp au dos de la pochette), mais restons clairs : il s’agit d’une image, non d’une arrière-pensée politique. Aucune trace de vie ne vient troubler cette scène figée. À l’horizon, au sommet de l’édifice, se profile la croix de Cronos, symbole riche en références à l’alchimie, l’astronomie et les sciences occultes. Certains y ont vu une connotation à l’idéologie nazie, un exemple classique des dérives de la perception publique. Le groupe, lui, a toujours cultivé une imagerie flirtant avec le sectaire et le satanisme, un choix esthétique qui a incontestablement contribué à sa notoriété. Avant de signer leur premier album chez Columbia, les musiciens avaient déjà expérimenté leur talent avec deux groupes : SOFT WHITE UNDERBELLY, dans la mouvance psychédélique, et STALK FORREST GROUP, véritable embryon de ce qui allait devenir BLUE ÖYSTER CULT. Sous l’impulsion de leur manager visionnaire Sandy Pearlman, la formation conserve son ADN psychédélique tout en s’orientant vers un son plus dur, teinté de hard rock. En 1971, ils adoptent enfin leur nom définitif. A noter que la composition du STALK FORREST GROUP est presque identique à celle qui enregistre le premier album du BÖC à savoir Donald "Buck Dharma" Roeser, Eric Bloom, Allen Lanier et les frères Joe et Albert Bouchard. Côté musique, la critique de l’époque s’est montrée intriguée. Certains évoquent une rencontre improbable entre VELVET UNDERGROUND et BLACK SABBATH. Il s'agit plutôt d’un hard rock sombre, traversé de tonalités heavy blues nerveuses et enveloppé d’une ambiance psychédélique où se croisent occultisme et science-fiction. L’album s’ouvre surTransmaniacon MC (Trans-American Motorcycle Club), à l’atmosphère très STEPPENWOLF, évoquant les rassemblements de bikers et la contre-culture sur des riffs tranchants et puissants. Suit le très énergique I’m on the Lamb but I Ain’t No Sheep, futur classique rebaptisé sur l'album suivant The Red and the Black. Then Came the Last Days of May, balade dramatique aux accents western, raconte une histoire de deal qui tourne mal. Stairway to the Stars, plus léger, évoque la célébrité et la vie de star. Son intro rappelle légèrement La Grange de ZZ TOP (1973), mais ce n’est que mon interprétation personnelle. Before the Kiss, a Redcap, intrigante et narrative, clôture la première face. La face B s’ouvre avec Screams, pièce courte et atmosphérique, presque gothique. She’s as Beautiful as a Foot, délibérément absurde et aux sonorités orientales et psychédéliques peut se savourer sans champignons hallucinogènes. Cities on Flame with Rock and Roll, le morceau heavy du disque, est considéré comme leur Born to be Wild, un hymne proto-metal aux riffs implacables. Workshop of the Telescopes, titre ésotérique et étrange, mélange science-fiction et occultisme, avec une touche de country rock psychédélique (une nouvelle fois très ZZ TOP). L’album se clôture sur Redeemed, ballade entraînante et douce, également teintée de country, contrastant avec le reste de l’opus.
En conclusion, là où les groupes britanniques puisent dans l’histoire médiévale et ses batailles, BLUE ÖYSTER CULT s’inspire de science-fiction, d'occultisme et de magie noire. En combinant un hard rock puissant à une atmosphère sombre, le groupe prouve qu’il peut rivaliser avec ses prédécesseurs britanniques et cela marche à merveille. Les deux albums suivants, Tyranny and Mutation et Secret Treaties, seront encore meilleurs, ce dernier restant à mes yeux leur plus belle création. Les années 70 confèrent à la discographie du BÖC une richesse musicale intacte, tandis que les années 80 marquent hélas le déclin qualitatif, malgré quelques éclats comme Fire of Unknown Origin (1982). Croyez-moi, les seventies restent synonymes d’un âge d’or et BLUE ÖYSTER CULT n’a pas fait exception à la règle.


Fiche technique :

Enregistrement : Octobre 1971 
Studio : The Warehouse (New-York)
Sortie : 7 janvier 1972
Durée : 38.48
Genre : Rock
Style : Hard rock, rock psychédélique, rock progressif
Producteur : Murray Krugman, Sandy Pearlman.
Ingénieur du son : David Lucas assisté de Jack Douglas.
Label : CBS Records

Eric Bloom : chant principal, guitare rythmique, claviers occasionnels
Donald “Buck Dharma” Roeser : guitare solo, chant
Allen Lanier : guitare rythmique, claviers, orgue, piano
Joe Bouchard : basse, chant
Albert Bouchard : batterie, percussions, chant

Face A :

1. Transmaniacon MC (Bloom - Dharma - Roeser - Pearlman - Lanier - Bouchard)
2. I’m on the Lamb but I Ain’t No Sheep (Roeser - Pearlman - Lanier)
3. Then Came the Last Days of May (Roeser)
4. Stairway to the Stars (Meltzer - Roeser -  Bouchard)
5. Before the Kiss, a Redcap (Meltzer -  Roeser - Bouchard)

Face B

6. Screams (Lanier)
7. She’s as Beautiful as a Foot (Lanier - Roeser - Bouchard - Pearlman)
8. Cities on Flame with Rock and Roll (Roeser - Bouchard - Pearlman)
9. Workshop of the Telescopes (Bloom -  Roeser - Bouchard - Lanier - Bouchard - Pearlman)
10. Redeemed – Harry Farcas (alias Harry Farcas de The Stalk-Forrest Group), Donald Roeser, Albert Bouchard





Commentaires

  1. Les 2 premiers album sont mythiques, tant au niveau son qu'à l'esthétique avec ces 2 pochettes hypnotisantes.

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  2. Le troisième est le meilleur selon moi, mais cela reste personnel bien entendu et c'est ce qui fait que l'on peut avoir des discutions passionnantes. Et "oui" les pochettes sont magnifiques. Dans les années 70, le visuel était très important ce qui nous a donné des albums cultes (en plus de la musique bien entendu). Merci du fond du cœur pour ton commentaire et j'espère à très bientôt sur Vinyl Blossom.

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