Elton John - Madman across the water
Elton John - Madman across the water (1971)
L'intimité dévoilée
Lorsqu’on me demande si je suis fan d’ELTON JOHN, je réponds sans hésiter « oui ». Mais je précise aussitôt que mon admiration se limite à sa période 1969-1975. Non pas que la suite de sa carrière manque d’intérêt, mais elle n’a jamais retrouvé l’éclat et la fraîcheur de ses dix premiers albums studio. En février 1971, lorsque ELTON JOHN entre au Trident Studio de Londres pour enregistrer son quatrième album, il est déjà une star aux États-Unis. Dès son deuxième disque, il a su conquérir un public fidèle et obtenir le soutien enthousiaste des médias américains, qui voient en lui la naissance d’une véritable icône rock. Il faudra toutefois attendre deux ans, avec la sortie du monumental Goodbye Yellow Brick Road, pour qu’il devienne une légende mondiale et remplisse les stades pendant plus d’un demi-siècle. Plus homogène que ses prédécesseurs, Madman Across the Water déroute pourtant à sa sortie. Accueilli froidement par la critique britannique et par une partie du public, l’album détonne : il ne s’agit pas d’un disque de rock, mais plutôt d’une suite de ballades sombres et finement orchestrées, dominées par le piano d’ELTON JOHN. Les quarante-cinq minutes d’écoute donnent parfois l’impression d’une uniformité de ton, mais loin de nuire à la qualité de l’œuvre, cette constance confère une intensité mélancolique rare. La voix d’Elton, habitée et fragile, transforme cette noirceur en émotion pure. Cet album marque également une étape clé : ELTON JOHN se constitue enfin un véritable groupe, qui l’accompagnera durant toute la décennie 1970. On y retrouve aussi des cordes, présentes avec subtilité, jamais envahissantes, et qui évitent à l’album de tomber dans la mièvrerie. La première face s’ouvre sur Tiny Dancer, hommage à la première épouse de Bernie Taupin, le parolier indissociable d’ELTON JOHN. Si la chanson passe inaperçue à sa sortie, elle deviendra avec le temps un classique incontournable de ses concerts. Vient ensuite Levon, qui démarre doucement au piano avant de s’envoler dans une intensité dramatique, entre tradition, conformisme et désir de liberté, sublimés par la plume poétique de Taupin. Sur Razor Face, les guitares prennent le relais des cordes apportant une touche plus rock. La face se conclut par le morceau-titre Madman Across the Water, porté par l’intro à la guitare folk de Caleb Quaye et l’orgue de Rick Wakeman (qui rejoindra bientôt YES). La face B s’ouvre sur Indian Sunset, fresque de plus de neuf minutes où Elton chante à cappella les premières mesures d’un récit bouleversant : celui du massacre des Amérindiens, narré avec dignité par une voix témoin de la tragédie. Suivent des titres plus légers comme Holiday Inn, évocation des premières tournées, ou Rotten Peaches, au parfum blues et roots. Avec All the Nasties, ELTON JOHN se dévoile davantage, exprimant ses craintes quant au regard du public, avant de conclure dans un souffle gospel. Enfin, Goodbye referme l’album avec une simplicité désarmante, intime et nostalgique. Si ELTON JOHN est devenu un monument de la musique, il n’a jamais été un artiste facile d’accès pour autant. Ses chansons, souvent nourries de souvenirs d’enfance ou de blessures intimes, révèlent un homme sensible, introverti et hanté par ses démons. Avec Madman Across the Water, plus qu’avec n’importe quel autre album, Elton met en musique ce qui se cache derrière les apparences. Peut-être pas son disque le plus célèbre, mais sans doute le plus profond.
Fiche technique
Enregistrement : Février à août 1971
Studio : Studio Trident (londres)
Sortie : 7 janvier 1872
Durée : 45.17
Genre : Rock
Styles : Pop Rock , Classic Rock
Producteur : Gus Dudgeon
Ingénieur du son : Robin Geoffrey, Caleb Quaye
Label : DJM
Elton John : chant principal, piano
Dee Murray : basse (sur la plupart des titres)
Nigel Olsson : batterie (sur la plupart des titres)
Davey Johnstone : guitares acoustiques, mandoline, banjo (il rejoint officiellement le groupe peu après, mais apparaît déjà ici)
Caleb Quaye : guitares (notamment sur Levon et Madman Across the Water)
Roger Pope : batterie sur certaines sessions antérieures (mais la version finale de l’album utilise surtout Olsson)
Rick Wakeman (futur Yes) : orgue Hammond sur « Madman Across the Water » (version alternative enregistrée en 1970, publiée plus tard en bonus).
Paul Buckmaster : arrangements de cordes, direction de l’orchestre (élément central du son de l’album).
Herbie Flowers : basse (sur quelques titres, notamment Indian Sunset).
Chris Spedding : guitare (renfort studio).
Barry Morgan : batterie supplémentaire sur certaines prises.
Ray Cooper : percussions.
Face A
- Tiny Dancer (John - Taupin)
- Levon (John - Taupin)
- Razor Face (John - Taupin)
- Madman Across the Water (John - Taupin)
Face B
- Indian Sunset (John - Taupin)
- Holiday Inn (John - Taupin)
- Rotten Peaches (John - Taupin)
- All the Nasties (John - Taupin)
- Goodbye (John - Taupin)
Idem pour moi , Elton au top jusque Captain Fantastic. Blue moves était aussi réussi mais alternant le sublime (Tonight) et le moins bon.
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RépondreSupprimerExactement...l'on peut dire que la série des bons albums s'arrête à Blue Moves avec un morceau que j'aime beaucoup et qui s'appelle "One Horse Town" en plus de "Tonight" et peut être deux ou trois chansons de plus (sur un double album). Par la suite, il a écrit quelques albums plutôt sympathiques (je pense à Songs from the West Coast ou bien The Captain and the Kid) mais rien à voir avec la créativité artistique de sa première partie de carrière. Ceci étant dit, on est tous d'accord pour affirmer que le personnage en lui même et la vie qu'il a mené en début de carrière, c'était plutôt Rock'n'roll !
A très bientôt sur Vinyl Blossom et un grand merci pour ta participation !
Je suis bien d'accord avec ce que tu as écrit. Je crois que j'aime beaucoup Elton dans un peu tous ses albums, finalement, qu'ils soient joyeux... ou moins joyeux ! 🌞
RépondreSupprimerIl a écrit malgré tout de bons albums aux débuts des années 2000. Je pense à "Songs from the West Coast" et "The Captain and the Kids" que je te recommande si tu veux écouter des choses hors période 1969/1975. Au plaisir de te relire sur Vinyl Blossom.
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