Led Zeppelin - Led Zeppelin
Led Zeppelin - Led Zeppelin (1969)
Et le tonnerre fut !
Sorti aux États-Unis le 13 janvier 1969 (ou l'album explosera), puis au Royaume-Uni deux mois plus tard, le premier album de LED ZEPPELIN a agi comme une déflagration. En un rien de temps, le quatuor britannique a vu sa carrière s’emballer, ouvrant la voie à une décennie 70 placée sous le signe de l’excès, du génie et du mythe. Enregistré en seulement neuf jours, en octobre 1968, au Olympic Studios de Barnes, dans le sud-ouest de Londres, l’album fut entièrement supervisé par Jimmy Page, guitariste du groupe. Ce dernier finança lui-même la session d’enregistrement à hauteur de 1700 livres sterling (une somme relativement modeste même pour l’époque) afin de conserver un contrôle total sur la production et le mixage (le groupe n'était pas encore sous contrat).
Issu des YARDBIRDS, dont le succès s’essoufflait alors, Page souhaitait former un nouveau groupe mêlant puissance sonore, hard rock, blues et influences psychédéliques. Il recruta Robert Plant au chant, John Paul Jones à la basse et John Bonham à la batterie (ami de de Robert Plant). Ensemble, ils commencèrent à répéter en août 1968 et donnèrent quelques concerts sous le nom des NEW YARDBIRDS. Très vite, l’ancien management des YARDBIRDS leur demanda d’abandonner cette appellation : le nom LED ZEPPELIN fut alors adopté. À cet instant, aucun d’eux ne se doutait encore qu’ils allaient bouleverser à jamais le paysage de la musique moderne. Lors des sessions d'enregistrement, Page contrôle absolument tout (en compagnie de Glyn Johns qui travaillera par la suite avec Les ROLLING STONES et les EAGLE). Ils utilisérent des micros d’ambiance éloignés pour capter la réverbération naturelle de la pièce. Mirent l'accent sur la dynamique afin de faire sentir la puissance du groupe sans compression et travaillèrent sur un mix stéréo très clair afin de laisser chaque instrument respirer. D'après Page, l'idée était de "capturer le son de l'air qui bouge". De ce travail est né une atmosphère trés live. Dès les premières secondes de Good Times Bad Times, LED ZEPPELIN impose sa signature. En à peine trois minutes, le groupe délivre un manifeste sonore : riffs tranchants signés Jimmy Page, batterie de John Bonham à la fois sèche et tonitruante, une modernité saisissante pour 1969.
Avec Babe I’m Gonna Leave You, le quatuor s’aventure sur un terrain plus contrasté : une ballade folk aux allures de tempête, qui alterne douceur acoustique et éclairs électriques. Adaptée d’un titre des années 50 popularisé par JOAN BAEZ, la chanson devient entre les mains du groupe une montée en tension dramatique où la voix de Robert Plant passe de la caresse au cri.
You Shook Me, reprise du bluesman WILLIE DIXON, dévoile une autre facette du jeune chanteur : Plant s’y glisse dans la peau d’un bluesman inspiré, sa voix s’enroulant autour de la guitare incendiaire de Page dans un dialogue soutenu par un harmonica plaintif.
Puis vient Dazed and Confused, pièce maîtresse quiclôture de la première face. Hypnotique, psychédélique, elle condense tout ce que le groupe deviendra : lourdeur, tension, expérimentation. Le solo de Page, joué à l’archet, ajoute une dimension quasi mystique à ce titre qui deviendra un monstre de scène, souvent étiré au-delà des vingt minutes.
La seconde face s’ouvre sur Your Time Is Gonna Come, introduit à l’orgue par John Paul Jones. Mélange de folk et de rock, la chanson respire la vengeance amoureuse sur fond de guitare douze cordes. Black Mountain Side prend ensuite le contre-pied : un instrumental d’inspiration celtique et orientale, qui installe une atmosphère suspendue avant l’explosion de Communication Breakdown, concentré d’énergie brute, presque punk avant l’heure.
Nouvelle incursion dans l’univers de WILLIE DIXON avec I Can’t Quit You Baby, où Plant pousse sa voix dans ses retranchements tandis que Page improvise avec une liberté totale. Enfin, How Many More Times conclut l’album sur un long blues hypnotique, bâti autour d’un riff circulaire, où le groupe semble déjà maîtriser l’art de la transe électrique. Dans l’histoire de la musique moderne britannique, une question revient souvent : qui furent les véritables inventeurs du hard rock ? Certains évoquent les WHO, dont l’énergie brute et l’agressivité de certains titres annonçaient déjà une nouvelle ère sonore. Certainement pas les ROLLING STONES malgré leur influence majeure, puisaient avant tout dans les standards du blues américain et encore moins les BEATLES, dont la veine pop expérimentale ne s’aventura jamais sur des terrains aussi rugueux.
Avec leur premier album, Ozzy Osbourne et BLACK SABBATH poseront en 1970 les bases du heavy metal, inventant ces riffs lourds, puissants et tranchants qui deviendront la marque du genre.
Mais un an plus tôt, en 1969, LED ZEPPELIN avait déjà ouvert la voie. En fusionnant le blues du Mississippi avec l’atmosphère électrique et sombre du brouillard londonien, le groupe a su créer un son inédit : explosif, charnel et d’une intensité inégalée. La puissance du jeu de guitare de Jimmy Page a contribué à forger cette identité unique, annonçant l’avènement du hard rock moderne.
Fiche technique :
Enregistrement : Octobre 1968
Studio : Olympic Studios (Londres)
Sortie : 13 janvier 1969 (US) - 31 mars 1969 (UK)
Durée : 44.26
Genre : Rock
Style : Blues Rock, Hard Rock
Producteur : Jimmy Page
Ingénieur du son : Glyn Johns
Label : Atlantic Records
Jimmy Page : guitare électrique et acoustique
Robert Plant : chant principal
John Paul Jones : basse, claviers, orgue et mandoline
John Bonham : batterie et percussions
Face A
- Good Times Bad Times (Page, Bonham, Jones)
- Babe I’m Gonna Leave You (Anne Bredon - traditionnellement arrangé par Page et Plant)
- You Shook Me (Willie Dixon, J. B. Lenoir)
- Dazed and Confused (Page - inspiré d’une chanson de Jake Holmes)
Face B
- Your Time Is Gonna Come (Page, Plant)
- Black Mountain Side (Page - inspiré d’un arrangement traditionnel)
- Communication Breakdown (Page, Jones, Bonham)
- I Can’t Quit You Baby (Willie Dixon)
- How Many More Times (Page, Jones, Bonham, Plant)
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