The Allman Brothers band - The Allman Brothers band
The Allman Brothers band - The Allman Brothers band (1969)
Le blues par les cornes
Avant de fonder THE ALLMAN BROTHERS BAND, Duane et Gregg Allman avaient déjà derrière eux une solide expérience de musiciens de route. Tous deux nés à Nashville, ils grandissent à Jacksonville, en Floride, marqués à jamais par une tragédie : la mort de leur père, militaire de carrière, abattu dans des circonstances troubles à Norfolk, en Virginie. Gregg confiera plus tard : “Je n’ai aucun souvenir vivant de mon père, seulement des photos et ce que ma mère m’en a raconté. Mais sa mort a laissé un vide qui n’a jamais vraiment disparu.” Ce drame scelle entre les deux frères un lien indestructible, aussi fort que leur attachement viscéral à la musique. Après plusieurs déménagements à la recherche d’une stabilité financière, leur mère finit par les envoyer dans un internat militaire à Nashville. C’est là, entre discipline et nostalgie, qu’ils commencent à gratter ensemble la guitare, un duo à la destinée déjà en marche. Vers 1963, les frères Allman écument les bars et clubs de Floride dans de petits groupes locaux. Ils traversent le Sud en van, jouant parfois trois concerts par soir pour quelques dollars et quelques biéres. C’est sur ces routes empruntées autrefois par les légendes du blues que Duane affine son jeu incandescent et développe son légendaire style de slide guitar, utilisant une bouteille de Coricidin (un remède contre le rhume) comme tube de slide. Un détail devenu mythique. En 1967, les frères s’installent à Los Angeles et fondent THE HOUR GLASS, signant chez Liberty Records. L’expérience tourne court : le label veut en faire un groupe pop commercial et aseptisé, loin de leurs racines blues. Duane refuse de se trahir et file vers le Sud, tandis que Gregg reste le temps d’honorer le contrat. Deux albums sortent, sans éclat ni saveur, loin de la moiteur du blues qui les habitait. De retour dans le Sud, Duane s’installe à Muscle Shoals, Alabama, haut lieu de la soul américaine. Il devient guitariste de studio au mythique Fame Studio, enregistrant avec WILSON PICKETT, ARETHA FRANKLIN ou encore CLARENCE CARTER. C’est là qu’il forge sa réputation. Le producteur Jerry Wexler (Atlantic Records) remarque rapidement le prodige et pousse à la création d’un groupe autour de lui. En 1969, Duane rappelle Gregg, encore en Californie. Le projet est déjà bien avancé : Dickey Betts (guitare), Berry Oakley (basse), Butch Trucks et Jaimoe (batteries) complètent le line-up. Gregg apporte sa voix soul et son orgue Hammond. THE ALLMAN BROTHERS BAND est né. Le groupe s’installe à Macon, Géorgie, sous la houlette de Phil Walden, patron du label Capricorn Records. Presque tout l’album avait déjà été rodé en concert avant l’enregistrement. En août 1969, ils montent à New York pour deux semaines intenses de studio. Le producteur légendaire Tom Dowd (CREAM, COLTRANE) n’étant pas disponible, c’est Adrian Barber, ingénieur maison, qui s’y colle.
L’approche est brute, directe : peu d’overdubs, beaucoup de feeling. L’énergie live du groupe transpire à chaque note. Deux guitares, deux batteries, un groove charnel et des solos qui s’étirent sans perdre l’âme du blues. Le disque s’ouvre sur une reprise instrumentale du SPENCER DAVIS GROUP, Don’t Want You No More, enchaînée avec It’s Not My Cross to Bear, la première composition de Gregg. Un blues profond, presque mystique, qui installe d’emblée le ton. Black Hearted Woman rugit de riffs et de fureur alors que Trouble No More revisite MUDDY WATERS avec une sincérité désarmante. Every Hungry Woman flirte déjà avec le hard rock.
Puis vient Dreams, le premier grand classique du groupe : une ballade modale, rêveuse, presque jazz, portée par les solos planants de Duane.
Et enfin Whipping Post, l’hymne. Dix minutes sur disque, vingt en concert, souvent bien plus. Sur scène, c’est une transe, un exorcisme.
À sa sortie, THE ALLMAN BROTHERS BAND (1969) se vend à peine à 35 000 exemplaires. Mais la critique salue un album novateur, sincère, enraciné dans le Sud et affranchi des modes britanniques. Un souffle neuf.
Dans une Amérique encore marquée par les luttes pour les droits civiques, les frères Allman réinventent l’identité culturelle du Sud : une musique métissée, fière de ses racines afro-américaines (blues, soul, jazz), mais tournée vers l’avenir. Pas de clichés, pas de nostalgie réactionnaire, juste une foi absolue dans la musique. Un an plus tard, Idlewild South confirme la montée en puissance du groupe, bientôt suivie par le légendaire live At Fillmore East (1971), considéré comme l’un des plus grands albums "live" de tous les temps.
Mais la gloire est vite fauchée : le 29 octobre 1971, Duane Allman meurt dans un accident de moto à Macon, à 24 ans. Ironie tragique, le bassiste Berry Oakley connaîtra le même sort un an plus tard, à quelques rues du drame.
Malgré tout, Gregg Allman et le groupe poursuivent la route. Leur influence est immense : sans eux, pas de LYNYRD SKYNYRD, pas de ZZ TOP, pas de Southern Rock tel qu’on le connaît. Leur premier album reste un modèle : musicalement, historiquement et spirituellement.
Un disque incandescent, né du deuil, du blues et de la fraternité.
Fiche technique :
Enregistrement : Août 1969
Studio : Atlantic Recording Studios (New York)
Sortie : 04 novembre 1969
Durée : 33.41
Genre : Rock, Blues
Style : Blues Rock
Producteur : Adrian Barber
Ingénieur du son : Adrian Barber
Label : Atco Records
Duane Allman : guitare slide, guitare solo
Gregg Allman : chant, orgue Hammond
Dickey Betts : guitare
Berry Oakley : basse
Butch Trucks : batterie
Jai Johanny “Jaimoe” Johanson : batterie
Face A :
- Don’t Want You No More (Spencer Davis, Edward Hardin)
- It’s Not My Cross to Bear (Gregg Allman)
-Black Hearted Woman (Gregg Allman)
- Trouble No More (Muddy Waters)
Face B
- Every Hungry Woman (Gregg Allman)
- Dreams (Gregg Allman)
- Whipping Post (Gregg Allman)
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