Traffic - Mr Fantasy
Traffic - Mr Fantasy (1967)
67 année psychédélique
En 1967, alors que Gimme Some Lovin’ du SPENCER DAVIS GROUP triomphe dans les classements, Steve Winwood choisit de quitter le navire. À seulement dix-neuf ans, il ressent déjà le besoin d’élargir son horizon créatif, de s’éloigner du rythme des hits pour explorer des territoires plus libres et aventureux. Avant même la célébrité, le jeune prodige de Birmingham s’était imposé comme un musicien d’exception. Son jeu de clavier, à la fois instinctif et habité, l’avait conduit à accompagner sur scène de véritables légendes du blues américain en tournée au Royaume-Uni (B.B. KING, MUDDY WATERS, JOHN LEE HOOKER) bien qu’il fût parfois trop jeune pour jouer officiellement dans les clubs, contraint de tourner le dos au public. Une image presque symbolique d’un talent prêt à éclore, déjà trop grand pour les cadres imposés.
Avec Jim Capaldi (batterie, percussions), Chris Wood (flûte, saxophone) et Dave Mason (guitare, basse, claviers), Winwood fonde Traffic. Le quatuor s’installe dans un cottage isolé à Aston Tirrold, dans la campagne verdoyante de l’Oxfordshire. Loin du tumulte londonien, ils cherchent la liberté, l’expérimentation et la fraternité musicale.
C’est l’hiver. La pluie bat les vitres, le vent s’engouffre dans les collines du Berkshire voisin, et les quatre musiciens inventent un son nouveau, entre folk pastoral, jazz rêveur et rock psychédélique. Les nuits sont longues, remplies de brume, de fumée et de musique. Jim Capaldi se souviendra de cette période comme d’un mélange d’euphorie et de tension, une alchimie fragile mais féconde. C’est là, dans cette retraite bucolique et un peu folle, qu’est né Mr. Fantasy. Au printemps 1967, le groupe rejoint les Olympic Studios de Londres. La salle, vaste et haute de plafond, favorise un son organique, presque vivant. TRAFFIC enregistre ensemble, sans isolement, cherchant à capturer l’énergie d’une véritable communion musicale. Le producteur Jimmy Miller, véritable catalyseur, pousse le groupe dans ses retranchements. Enthousiaste, intuitif, il agit comme un chef d’orchestre invisible.
Le résultat est un album à la fois baroque et lumineux. Heaven Is in Your Mind ouvre le disque avec optimisme, suivi de House for Everyone, fantaisie pop signée Mason. No Face, No Name, No Number s’élève comme une ballade aérienne, tandis que Dear Mr. Fantasy incarne le sommet du disque : une longue transe blues-rock traversée par la voix en feu et la guitare incandescent de Winwood. Ce morceau mythique sera repris plus tard par GRATEFUL DEAD, ERIC CLAPTON, ou même JIMI HENDRIX lors de jams mémorables. Sur la face B, Dealer annonce les futures fusions latino-rock reprises par SANTANA. Utterly Simple explore les sonorités orientales, avant que Coloured Rain ne vienne injecter une dose d’énergie soul (titre que reprendront ERIC BURDON & THE ANIMALS et AL KOOPER). Enfin, Hope I Never Find Me There et Giving to You cloturent le disque sur une note introspective, entre folk et jazz expérimental. Derrière ce projet se tient un homme-clé : Chris Blackwell, fondateur du label Island Records et manager du groupe. Visionnaire, il reconnaît immédiatement en TRAFFIC l’essence d’un rock britannique capable de s’affranchir des frontières. C’est lui qui encourage cette liberté artistique totale, leur offrant le cadre et la confiance nécessaires pour expérimenter sans contrainte. Malgré les tensions entre Winwood et Mason, un deuxième album verra le jour avant une première séparation. Winwood rejoindra ensuite eric clapton au sein de BLIND FAITH, tandis que les membres poursuivront divers projets. Le groupe se reformera en 1970 pour John Barleycorn Must Die, chef-d’œuvre mêlant folk anglais et improvisations jazzy, avant de s’éteindre progressivement au fil des années 70. La mort prématurée de Chris Wood en 1983, puis celle de Jim Capaldi en 2005, mettront un terme définitif à l’aventure.
Steve Winwood, lui, continuera de tracer sa route, multipliant collaborations et albums solo, perpétuant l’esprit de TRAFFIC : celui d’une musique libre, sincère et affranchit
Mr. Fantasy demeure bien plus qu’un premier album : c’est une porte ouverte sur un monde sonore inédit, un carrefour entre les champs embrumés de la campagne anglaise et les confins psychédéliques de la fin des sixties.
Et dire que tout cela est né de quatre jeunes musiciens, reclus dans un cottage sans eau courante, rêvant simplement de faire parler les étoiles à travers leurs instruments.
Fiche technique :
Enregistrement : Avril à Novembre 1967
Studio : Olympic Studio (Londres)
Sortie : 8 décembre 1967
Durée : 33.54
Genre : Pop, Rock
Style : Psychedélique Rock
Producteur : Jimmy Miller
Ingénieur du son : Eddie Kramer,
Label : Island Records
Steve Winwood : orgue Hammond, guitare, basse, piano, clavecin, percussions, chant.
Jim Capaldi : batterie, percussions, chant.
Chris Wood : flûte, saxophone, orgue Hammond, percussions, chant.
Dave Mason : guitare, mellotron, sitar, tambura, harmonica, percussions, basse sur certains titres, chant.
Face A :
- Heaven Is in Your Mind (Capaldi, Winwood, Wood)
- Berkshire Poppies (Capaldi, Winwood, Wood)
- House for Everyone (Mason)
- No Face, No Name and No Number (Capaldi, Winwood)
- Dear Mr. Fantasy Winwood (Wood, Capaldi)
Face B
- Dealer (Capaldi)
- Utterly Simple (Mason)
- Coloured Rain (Capaldi, Winwood, Wood)
- Hope I Never Find Me There (Mason)
- Giving to You Capaldi (Winwood, Wood, Mason)
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