Uriah Heep - Demons and Wizards
Sans atteindre l’audace de Paranoid (1970) de BLACK SABBATH ni la virtuosité flamboyante de Machine Head (1972) de DEEP PURPLE, Demons and Wizards (1972), quatrième album du groupe londonien URIAH HEEP, s’est imposé comme une pièce incontournable du hard rock de ce début de décennie. Entre envolées symphoniques et touches de folk, l’album déploie une identité singulière à l’image de l’ouverture acoustique de The Wizard, qui donne le ton dès la première face. Avant même d’écouter les premières notes, la pochette culte contribue à l’aura mythique de cette pièce maîtresse des années 70. Signée par l’illustrateur britannique Roger Dean, elle déploie un univers à la fois onirique et féerique, où une silhouette divine (magicien ou druide) surgit d’une cascade illuminée par un ciel bleu nuit étincelant d'étoiles. Une imagerie qui s’accorde parfaitement avec l’atmosphère musicale de l’opus. À ce jour, Demons and Wizards reste le triomphe commercial d’URIAH HEEP avec près de trois millions d’exemplaires écoulés. L’album doit son succès à un savant mélange de hard rock percutant et de mélodies aériennes : riffs de guitare puissants, harmonies vocales soignées et passages atmosphériques qui captivent à la fois les fans de rock lourd et les amateurs de rock progressif. Parmi les morceaux phares, Easy Livin’ se distingue comme un véritable hit : sorti en single (août 72), il propulse le groupe sur la scène internationale en atteignant le Top 40 du Billboard Hot 100, ouvrant la voie à la reconnaissance américaine, même si dans ce pays, leur popularité est restée plus modeste qu’en Europe ou dans le reste du monde. Enfin, et ce n’est pas le moindre facteur, le succès de l’album s’explique également par l’arrivée de deux nouveaux membres : Lee Kerslake à la batterie (en remplacement de Ian Clarke) et le Néo-Zélandais Gary Thain à la basse (en remplacement de Mark Clarke) qui ont profondément marqué le son d’URIAH HEEP. Thain, avec son jeu mélodique et fluide, ne se contentait pas de suivre les rythmes comme la plupart des bassistes de l'époque : ses lignes de basse enrichissaient harmonieusement les compositions. Associés à Kerslake, ils formaient une section rythmique puissante et stable, offrant au groupe la solidité nécessaire pour expérimenter des arrangements plus complexes et audacieux. The Wizard, morceau emblématique qui ouvre l’album, résume parfaitement ce qu’URIAH HEEP sait faire de mieux. Poésie et fantaisie s’y déploient à travers un son puissant, malgré une introduction tout en douceur à la guitare acoustique. Les harmonies vocales et les claviers aériens s’accordent avec justesse, tandis que la voix de David Byron, presque théâtrale, se distingue nettement de celles des autres chanteurs de rock du moment. Capable d’atteindre des aigus impressionnants, il impose une présence charismatique qui entraîne tout le groupe dans son sillage. Les paroles relatent une rencontre avec un magicien, personnage bienveillant et mystérieux qui incarne à la fois la sagesse et la quête de spiritualité. Un univers fantastique s’installe, donnant le ton à l’ensemble de l’album. Traveller in Time s’impose comme un morceau d’une grande subtilité et d’une richesse sonore remarquable. De nouveau, la voix de David Byron y déploie toute sa puissance, soutenue par les riffs énergiques de la guitare de Mick Box qui installent un décor vibrant. L’orgue Hammond de Ken Hensley diffuse une atmosphère cosmique en parfaite harmonie avec des paroles évoquant un voyageur du temps, témoin des souffrances et des conflits de l’humanité. Une véritable réflexion sur la condition humaine se dessine en filigrane. Dans son sillage et en un seul tenant, Easy Livin’ surgit tel un torrent déchaîné. Ce titre offrira au groupe une reconnaissance internationale y compris aux États-Unis où il connaîtra pourtant un succès plus discret malgré une première tournée en 1971 aux côtés du groupe THREE DOG NIGHT (Demons and Wizards leur permettra d’effectuer leur deuxième tournée dans le pays de l'oncle Sam, mais cette fois-ci en tête d’affiche). Il s’agit d’une chanson d’amour euphorique, courte, directe et pleine d’énergie qui dans sa structure annonce les prémices du heavy metal. D’ailleurs, beaucoup de groupes à venir la citeront comme véritable source d’inspiration. Moins progressive que le reste de l’album, elle contribuera à forger la réputation d’URIAH HEEP. Le reste de l’album n’est qu’un pur régal auditif : aucune piste n’est à négliger. Poet’s Justice dans laquelle Mick Box use et abuse de sa pédale wah-wah ainsi que Circle of Hands, ballade portée par un orgue solennel qui s’élève en intensité, viennent conclure magistralement la face A (rappelons qu’il s’agit ici d’un vinyle). La face B s’ouvre sur Rainbow Demon, morceau sombre et envoûtant. Son atmosphère hypnotique et pesant annonce à bien des égards les prémices du doom metal même si le premier album de Black Sabbath mérite amplement le droit d’en être le créateur. Le solo final de Mick Box évoque d’ailleurs le jeu de Tony Iommi. Avec All My Life, URIAH HEEP livre un titre nerveux et incisif. Très « zeppelinien » dans sa construction (si l’on ose l’expression), ce morceau expéditif d’à peine deux minutes tranche radicalement avec le reste. La douceur revient avec Paradise, ballade progressive aux accents folk qui enchaîne sans pause sur The Spell. Plus ambitieux, ce titre de plus de sept minutes illustre à merveille le savoir-faire du groupe dans la composition de fresques progressives. Mystique et ésotérique, The Spell condense tout l’univers de l’album : une véritable pièce tragique, proche de l’opéra rock, dont l’ouverture et la conclusion plus lumineuses apportent une touche d’euphorie. Demons and Wizards mérite sans doute mieux que l’admiration d’un cercle (aussi large soit-il) de passionnés. Le destin d’URIAH HEEP a peut-être été de croiser la route encombrée de trois géants : BLACK SABBATH, DEEP PURPLE et LED ZEPPELIN dont les silhouettes imposantes ont éclipsé bien des étoiles. Leur crime, si l’on peut dire, fut sans doute d’avoir osé mêler les éclats du hard rock aux envolées progressives et aux nuances symphoniques, là où d’autres avaient choisi une voie plus tranchée, plus identifiable.
Reste que Demons and Wizards s’impose comme un joyau, né de musiciens virtuoses et d’un jeu d’une rare sophistication. Point n’est besoin d’attendre la clarté d’une pleine lune ou le silence d’une chaumière reculée pour sentir la magie : il suffit d’appuyer sur « start ». Alors, l’ombre s’épaissit, la lumière vacille, et l’auditeur découvre (ou redécouvre) un trésor intemporel.
Fiche technique :
Enregistrement : Mars - Avril 1972
Studio : Lansdowne Studio (Londres)
Sortie : 19 mai 1972
Durée : 39.40
Genre : Rock
Style : Hard Rock, Rock Progressif, Heavy Metal
Producteur : Gery Bron
Ingénieur du son : Peter Gallen
Label : Bronze Records (UK) - Mercury Records (US)
Gary Thain : basse
Lee Kerslake : batterie, percussions
Mike Box : guitare
Ken Hensley : claviers, guitare, percussions
David Byron : chant
Face A
- The Wizard (Hensley, Clarke)
- Traveller in Time (Box, Kerslake)
- Easy Livin' (Ken Hensley)
- Poet's Justice (Box, Kerslake, Hensley)
- Circle of Hands (Hensley)
Face B
- Rainbow Demon (Hensley)
- All my Life (Box, Byron, Kerslake)
- Paradise (Hensley)
- The Spell (Hensley)
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Super album. Entre rock progressif, folk et hard rock. De plus la pochette est superbe. À redécouvrir ou découvrir pour les plus jeunes.
RépondreSupprimerUriah Heep bien qu'ayant connu une carrière plus qu'honorable aurait mérité d'avoir son nom aux cotés des plus grands. Ce n'est que mon humble avis...
RépondreSupprimerEn tous les cas merci pour ton commentaire !!!