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Affichage des articles du novembre, 2025

Bob Dylan - Blood on the Tracks

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Bob Dylan - Blood on the Tracks (1975) La renaissance d'un poète blessé Minnesota, bien avant Nebraska Blood on the Tracks est d’abord le cri étouffé d’un homme qui voit son couple se déliter. Un album aux multiples visages, façonné dans le doute, la fuite en avant et les volte-face créatives. À l’époque, Bob Dylan traverse une crise intime profonde. Sa séparation avec Sarah, son épouse depuis une dizaine d'années, devient la matière brûlante de son quinzième album même si, fidèle à lui-même, il niera toujours toute dimension autobiographique. Lorsque Dylan entre en studio à New York, en septembre 1974, cela fait longtemps qu’il tourne en rond dans une dépression dont il ne voit pas la fin. Il doute, rature, recommence. Autour de lui, une formation réduite au strict minimum. Les prises sont brutes, dépouillées, magnifiques mais si sombres que son frère David lui conseille de tout revoir. Pris d’une panique soudaine, Dylan casse l’élan, ferme la session et file ver...

Love - Forever Changes

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Love - Forever Changes (1967) Les grands oubliés de la fin des sixties Un testament musical  Sorti en 1967, Forever Changes est un disque à double tranchant : étourdissant dans sa grâce psychédélique, mais traversé d’une tension latente, presque inquiétante, comme un écho direct à ce que devient la Californie à l’orée de la fin des sixties. Une ville qui danse en plein soleil le jour, mais où, la nuit tombée, flottent déjà des relents de paranoïa, de peur sociale et de violence à venir. Arthur Lee, chanteur et cerveau de Love , compose alors persuadé (rongé par les excès et une intuition presque morbide) que ses jours sont comptés. Il aborde Forever Changes comme une œuvre-testament, un disque qui regarde la mort dans les yeux tout en serrant encore l’idée d’espoir entre les doigts. L’album se nourrit de cette tension. Sombre, parfois oppressant, il est pourtant traversé de clartés obstinées, de fulgurances lumineuses qui respirent encore l’utopie hippie. C’est précisé...

Pink Floyd - Atom Heart Mother

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Pink Floyd - Atom Heart Mother (1970) Lulubelle III  L’après Syd Barrett Avant-gardiste dans l’âme, Atom Heart Mother débarque dans les bacs britanniques à l’automne 1970. Cinquième opus des Pink Floyd , l’album fait office de véritable pivot entre la période où le groupe se cherchait encore une identité et les années à venir, foisonnantes et décisives sur le plan musical. David Gilmour, solidement ancré dans la formation depuis A Saucerful of Secrets , s’affirme ici comme un guitariste à part. Sa Stratocaster gagne en lyrisme, ses solos prennent de l’ampleur : il commence à esquisser le style qui fera bientôt sa signature. De son côté, Roger Waters impose peu à peu sa vision. Son tempérament, son sens du concept et son écriture affirment leur emprise, sans heurts majeurs… pour le moment. Les Floyd glissent alors doucement du psychédélisme vers un rock plus progressif. Ils osent les structures longues, les atmosphères orchestrales, les idées conceptuelles. Atom Heart M...

Mandrill - Mandrill

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Mandrill – Mandrill (1971) Un primate funky en liberté dans la Grosse Pomme De Panama à Brooklyn Fondé à Brooklyn à la fin des années 60, Mandrill est avant tout un groupe de scène reconnaissable à ses tenues flamboyantes et à son goût marqué pour l’improvisation. Leur musique, mélange explosif de funk, soul psychédélique, jazz, rock, rythmes afro-caribéens, avec des touches de gospel et de rock progressif, reflète parfaitement l’effervescence multiculturelle du New York de l’époque. Le groupe se structure autour des frères Wilson : Carlos, Lou et Ricardo (nés au Panama mais élevés à Brooklyn). Mandrill s’inscrit dans la lignée de formations comme Sly and the Family Stone ou Ohio Players , tout en cultivant une identité plus hybride : cuivres omniprésents, percussions latines, harmonies vocales sophistiquées. Un cocktail sonore intensément cosmopolite. Les frères Wilson baignent dans la musique dès l’enfance, jouant ensemble dans le salon de coiffure de leur mère ou des ...

The Rolling Stones - Exile On Main St.

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The Rolling Stones – Exile On Main St. (1972) Du delta du Mississippi aux rives de la Méditerranée L’exil fiscal S’il fallait capturer l’âme des Rolling Stones dans un seul disque, c’est dans Exile on Main St. qu’on plongerait les mains. Un double album chargé d’électricité et de décadence, où la moiteur du blues se mêle au rock’n’roll le plus cru, à la country poussiéreuse avec des éclats de gospel étincelant. Rien n’est propre, rien n’est lissé : tout y est brut, sale, viscéral. L’œuvre ressemble plus à un manuscrit taché de bourbon qu’à un produit fini et c’est précisément pour ça qu’elle est essentielle. Début des années 70 : les Stones dominent le monde, mais titubent dans un chaos total. En Angleterre, leurs problèmes fiscaux deviennent monstrueux. Le gouvernement, excédé par les frasques et l’apologie assumée des paradis chimiques, rêve de leur tomber dessus. L’exil n’est plus un caprice : c’est une nécessité stratégique pour sauver leurs finances… et leur liberté....

Nektar - Remember The Future

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Nektar - Remember The Future (1973) Un voyage cosmique dans le monde du rock progressif  Quatre Anglais perdus dans Hambourg Nektar , malgré ce que certains critiques ont pu croire, n’a jamais été un groupe de Krautrock. S’ils se sont formés en Allemagne, à Hambourg, en 1969, leurs racines sont bel et bien britanniques. Leur son, lui, flirte davantage avec les grandes odyssées du rock progressif anglais qu’avec les expérimentations hallucinées du mouvement allemand. À la fin des années 60, Hambourg est un aimant à musiciens. La ville vit au rythme des clubs, des guitares saturées et des néons moites des nuits de St. Pauli (quartier culturel et bohème de Hambourg). C’est dans cette effervescence, en pleine guerre froide, que quatre jeunes Anglais : Roye Albrighton (guitare, chant), Allan “Taff” Freeman (claviers), Derek “Mo” Moore (basse) et Ron Howden (batterie)  se rencontrent. Leur objectif, repousser les frontières du rock, explorer l’infini. Après deux premiers...

The Byrds - Mr. Tambourine Man

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The Byrds - Mr. Tambourine Man (1965) Le mariage de la guitare folk et de l'électricité  Les débuts : naissance d’un son (Los Angeles, 1964) Non, Mr. Tambourine Man n’était pas un dealer, et le fameux “play a song for me” n’était pas un code pour réclamer un joint. La rumeur a pourtant fait son chemin, jusqu’à ce que Bob Dylan lui-même la démonte. Nous sommes en 1965. À Los Angeles, cinq jeunes musiciens rêvent de liberté et de succès. Roger McGuinn, Gene Clark, David Crosby, Chris Hillman et Michael Clarke viennent de former The Byrds , un groupe typiquement californien mais influencé par les  Beatles.  Malgré tout, ils restent bien décidés à ne pas en être une simple copie américaine. Dans leurs bagages, une reprise électrique du Mr. Tambourine Man de Dylan, sorti quelques mois plus tôt. McGuinn, Clark et Crosby viennent tous trois de la scène folk, marqués par Pete Seeger, Woody Guthrie et les harmonies vocales des Everly Brothers. L’idée germe : mari...

Rainbow - Rising

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Rainbow -Rising (1976) Quand l'autoroute des étoiles vous mène au firmament Contexte et genèse  En fondant RAINBOW, Ritchie Blackmore voulait retrouver la maîtrise totale de sa vision musicale. Un rêve qu’il ne pouvait plus réaliser au sein de DEEP PURPLE, miné par les tensions et les égos. Fatigué des querelles internes, il tourne la page pour bâtir un royaume sonore à son image : un hard rock aux accents néo-classiques, baigné de mythes, de légendes et de lumière surnaturelle. Adieu les routes poussiéreuses du rock terrestre, bienvenue dans le monde de RAINBOW, peuplé de sorciers, dragons et forteresses imaginaires. Après un premier album enregistré avec les membres d’ELF (dont l’extraordinaire Ronnie James Dio au chant), Blackmore repart en croisade à Munich, en 1976, pour graver ce qui deviendra Rising . Seuls lui et Dio restent du line-up originel. Désireux d’un son plus massif, il enrôle le titan Cozy Powell à la batterie (ex-JEFF BECK GROUP), Jimmy Bain à la bass...

Wishbone Ash - Argus

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  Wishbone Ash - Argus (1972) Quand les guitares croisent le fer La force de WISHBONE ASH réside sans doute dans l’alchimie entre ses deux guitaristes d’exception : Andy Powell et Ted Turner. Véritables architectes du son du groupe, ils signent la plupart des titres de Argus , troisième album de la formation originaire de Torquay, au sud de l’Angleterre. Leur jeu, à la fois lyrique et tranchant, semble tissé d’un même fil d’or : les guitares se répondent, se croisent, se complètent, comme deux chevaliers unis sur un champ de bataille musical. Mais que l’on ne s’y trompe pas , Martin Turner (basse, chant) et Steve Upton (batterie) ne sont pas de simples écuyers : ils en sont la fondation solide, le rythme battant du cœur d’ Argus . À sa sortie en 1972 sur le label RCA, Argus reçoit un accueil triomphal, aussi bien du public que de la critique. L’album atteint la troisième place des charts britanniques, une prouesse remarquable pour un groupe encore jeune, et devient rapidement leur...

13th Floor Elevators - The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators

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13th Floor Elevators - The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators (1966) L'ascenseur psychedélique   Les ascenseurs américains ne s’arrêtent jamais au treizième étage. Superstition oblige. Mais aujourd’hui, on va grimper sans hésiter jusqu’à ce palier interdit car c’est là que résonne The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators . Et crois-moi, si tu aimes les sons bruts, râpeux, tordus par la réverbération et les tripes humaines, cet album est un passage obligé avant le grand voyage final. Robert Dimery, dans son incontournable "1001 Albums You Must Hear Before You Die", ne dit pas autre chose : il faut écouter ce disque avant de mourir. Formé à Austin, Texas, en 1965, dans cet état béni du barbecue, de la country et où les enfants grandissent élevés dans la peur de Jésus, le groupe réunit six jeunes illuminés décidés à repousser les murs du garage rock. Mélange explosif de blues, de folk et d’électricité pure, leur musique est un appel cosmique...

Sir Lord Baltimore - Kingdom Come

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Sir Lord Baltimore - Kingdom come (1970) J’entends les sirènes m’appeler,  Je suis tombé, proie du vent. Je  Navigue sur sa pourpre majesté. Tourne, tourne, roue de la fortune, tourne... Que mon Royaume vienne !   Dès les premières secondes de Kingdom Come , premier album du trio new-yorkais SIR LORD BALTIMORE, on comprend qu’on ne sortira pas indemne de l’écoute. Chaque riff est une déflagration, chaque seconde vibre d’une intensité brute. Ce disque, c’est une gifle électrique, un condensé d’énergie sauvage où rien n’est laissé au hasard. Certes, Kingdom Come est catalogué “hard rock”, mais il dépasse de loin cette étiquette. Sans jamais prétendre rivaliser avec BLACK SABBATH (dont le premier album sort la même année), SIR LORD BALTIMORE en partage pourtant la puissance sonore et la fureur primitive. Ce power trio de Brooklyn balance un son lourd, violent, presque punk avant l’heure. Leur rock crache la rage des STOOGES et l’urgence du garage rock  le plus incandes...