Nektar - Remember The Future
Nektar - Remember The Future (1973)
Un voyage cosmique dans le monde du rock progressif
Quatre Anglais perdus dans Hambourg
Nektar, malgré ce que certains critiques ont pu croire, n’a jamais été un groupe de Krautrock. S’ils se sont formés en Allemagne, à Hambourg, en 1969, leurs racines sont bel et bien britanniques. Leur son, lui, flirte davantage avec les grandes odyssées du rock progressif anglais qu’avec les expérimentations hallucinées du mouvement allemand.
À la fin des années 60, Hambourg est un aimant à musiciens. La ville vit au rythme des clubs, des guitares saturées et des néons moites des nuits de St. Pauli (quartier culturel et bohème de Hambourg). C’est dans cette effervescence, en pleine guerre froide, que quatre jeunes Anglais : Roye Albrighton (guitare, chant), Allan “Taff” Freeman (claviers), Derek “Mo” Moore (basse) et Ron Howden (batterie) se rencontrent. Leur objectif, repousser les frontières du rock, explorer l’infini.
Après deux premiers albums solides et déjà visionnaires, Journey to the centre of the eye (1971) et A tab in the ocean (1972), Nektar rentre en studio à Chipping Norton, au nord-ouest de Londres, durant l’été 1973. Le groupe s’apprête alors à enregistrer son chef-d’œuvre : Remember the future.
Un disque qui les propulsera sur le devant de la scène américaine, jusqu’à atteindre le Top 19 du Billboard, un exploit rare pour un groupe aussi cosmique.
Enregistrement au milieu de la campagne anglaise (1973)
Après avoir travaillé en Allemagne dans les studios de Dieter Dierks, Nektar choisit de revenir sur sa terre natale pour graver ce troisième opus (même si le mixage sera finalement réalisé outre-Rhin).
Enregistré en seulement cinq jours, du 12 au 16 août 1973, Remember the future prend la forme d’une longue pièce musicale divisée en deux parties (Part 1 et Part 2), chacune occupant une face du vinyle. Selon les éditions, le morceau est segmenté en cinq à dix sections, mais l’ensemble reste conçu comme un tout cohérent, une odyssée sonore continue.
Le temps restreint pousse le groupe à travailler dans une urgence quasi mystique.
Les fondations sont posées en prises directes, les overdubs et les voix viennent ensuite sublimer cette base brute. Selon Roye Albrighton, il s’est passé “quelque chose de magique” pendant ces sessions. Tout semblait fluide, naturel. Le groupe, parfaitement préparé, avançait comme une seule entité connectée, en pleine osmose.
Musicalement, l’album alterne arpèges célestes, montées planantes, et passages plus rythmés, flirtant parfois avec le funk sans jamais quitter son orbite progressive. L’atmosphère est dense, lumineuse, presque cosmique.
Côté paroles, Remember the future s’inscrit dans la tradition métaphorique du rock progressif des années 70 : le récit met en scène "Bluebird", un être venu d’ailleurs, porteur d’un message d’amour, de conscience et d’unité. Un message que l’humanité, aveuglée, ne saura entendre. Entre science-fiction, spiritualité et introspection, Nektar signe ici un voyage intérieur aux résonances universelles.
Héritage
Certes, Remember the future n’a pas eu l’impact d’un The dark side of the moon (Pink Floyd) ou d’un Close to the edge (Yes). Moins léché, moins monumental, mais tout aussi sincère, il s’impose pourtant comme une œuvre clé dans l’évolution du rock progressif, notamment dans sa dimension transatlantique.
Comme Genesis, Camel ou Yes, Nektar développe ici une narration conceptuelle, mais avec une approche plus fluide, moins théâtrale. Remember the future offre un progressif accessible, lumineux, sans jamais trahir la profondeur du genre.
L’album, avec son équilibre entre émotion et abstraction, a su créer un pont entre le psychédélisme européen et la sensibilité américaine.
Aujourd’hui encore, son héritage perdure discrètement.
Remember the future reste un voyage cosmique hors du temps, une capsule d’énergie spirituelle qui continue d’inspirer les rêveurs, les musiciens, et tous ceux qui croient que le rock peut, parfois, toucher l’infini.
Fiche technique :
Enregistrement : Août 1973
Studio : Chipping Norton Studios (Chipping Norton- Royaume-Uni)
Sortie : Novembre 1973
Durée : 35.41
Genre : Rock
Style : Rock progressif
Producteur : Peter Hauke - Nektar
Ingénieur du son : Barry Hammond
Label : Ballaphon Record - Ballacius Records
Musiciens :
Roye Albrighton : Guitare, chant
Allan “Taff” Freeman : Claviers
Derek “Mo” Moore : Basse, chant
Ron Howden : Batterie
Mick Brockett : “visual effects” (non-musicien, mais membre à part entière chargé des projections et lumières)
Face A
1. Remember The Future pt.1(Nektar)
Face 2
Remember The Future pt. 2 (Nektar)
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