13th Floor Elevators - The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators

13th Floor Elevators - The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators (1966)
L'ascenseur psychedélique 


Les ascenseurs américains ne s’arrêtent jamais au treizième étage. Superstition oblige. Mais aujourd’hui, on va grimper sans hésiter jusqu’à ce palier interdit car c’est là que résonne The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators. Et crois-moi, si tu aimes les sons bruts, râpeux, tordus par la réverbération et les tripes humaines, cet album est un passage obligé avant le grand voyage final. Robert Dimery, dans son incontournable "1001 Albums You Must Hear Before You Die", ne dit pas autre chose : il faut écouter ce disque avant de mourir.
Formé à Austin, Texas, en 1965, dans cet état béni du barbecue, de la country et où les enfants grandissent élevés dans la peur de Jésus, le groupe réunit six jeunes illuminés décidés à repousser les murs du garage rock. Mélange explosif de blues, de folk et d’électricité pure, leur musique est un appel cosmique, un cri venu d’une autre dimension. Le LSD tournait à flot, tout comme d’autres substances dont ils chantaient les vertus avec une sincérité désarmante au grand dam de la justice texane.
Roky Erickson, le chanteur possédé au regard fiévreux, fut arrêté en 1969 pour possession de drogue et interné dans un hôpital psychiatrique. Son compagnon de cordes, Stacy Sutherland, connut un destin tout aussi tragique : après un passage par la case prison pour trafic d’héroïne, il fut abattu par sa femme en 1978. Entre visions mystiques et descentes aux enfers, les 13TH FLOOR ELEVATORS auront incarné mieux que quiconque la frontière floue entre l’illumination et folie.
Enregistré en 1966 au Sumet Sound Studios de Dallas, The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators déborde d’un son résolument garage, brut et fiévreux, qui nourrit tout son parfum underground. Les instruments semblent s’enlacer, se heurter, se confondre, comme si l’album avait été capté dans l’urgence d’un set live. La basse écrase parfois la batterie, les guitares s’emmêlent, et de ce chaos naît une transe hypnotique malgré l'énergie qui en découle.
Mais le vrai grain de folie de cet album, c’est ce son étrange qui revient tout au long du disque. Une espèce de sifflement, de gémissement cosmique, qu’on croirait émis par une oie perdue dans le studio que l'on aurait envie de flinguer. Ce n’est pourtant pas un hasard : c’est la fameuse "jug" électrique de Tommy Hall, instrument improbable dont les vibrations psychotropes se faufilent entre les riffs. Une invention aussi décalée que le groupe lui-même, qui définitivement puisait manifestement son inspiration ailleurs que dans le lait de soja et les pâtes de fruits à la goyave. 
Pourtant, ce son aussi singulier que brut peut désarçonner l’auditeur à mesure que les morceaux s’enchaînent. À force de planer très haut, cet instrument peu commun aurait parfois gagné à se faire un peu plus discret. 
Dès l’ouverture, You're Gonna Miss Me et Roller Coaster posent le décor : une tornade psychédélique qui ne demande aucune permission. La voix de Roky Erickson pique comme un nerf à vif, tandis que les guitares, saturées jusqu’à l’hallucination, semblent déterminées à vous empêcher de dormir pendant une semaine.
Heureusement, Splash 1 et Don't Fall Down viennent souffler un vent d’acid folk rêveur, comme si le groupe, entre deux transes électriques, retrouvait la gravité l’espace d’un instant.
Plus loin, Kingdom of Heaven et Monkey Island continuent d’explorer des terres mystiques et étrangement mouvantes : l’un baigne dans une aura quasi religieuse, l’autre flirte avec une soul fantomatique.
Quant au reste, un déluge de réverbérations, de fuzz en ébullition et d’énergie à la limite de l’implosion. Une expérience sensorielle plus qu’un simple disque devenu mythique avec le temps.
Alors, de là à dire que j’écouterais cette galette tous les jours, faut pas pousser. Mais un vendredi soir, après une semaine à tirer sur la corde et quelques bières bien méritées, balancer The Psychedelic Sounds of the 13th Floor Elevators à fond les ballons, c’est une expérience presque mystique, du pur plaisir sonore pour ceux qui osent franchir le pas.
Cet album, certes bancal, transpire pourtant la subversion. Et si finalement, le psychédélisme californien avait trouvé ses racines non pas sur la côte Ouest, mais dans les plaines brûlantes du Texas ?
Quoi qu’il en soit, cette œuvre a toute sa place dans la discothèque de tout rockeur digne de ce nom. Et si, par malheur, votre progéniture vous supplie un jour de lui acheter un jug électrique, n’hésitez pas : bâillonnez-le gentiment sur le canapé et collez-lui une rediff de Dallas en boucle. Ça devrait le calmer !


Fiche technique :

Enregistrement : Entre Janvier et Juillet 1966 (par étape)
Studio : Sumet Sound Studio (Dallas)
Sortie : 17 Octobre 1966
Durée : 34.31
Genre : Rock
Style : Rock psychédélique, Garage rock, Acid Rock, Rythme & blues
Producteur : Lelan Rogers
Ingénieur du son : Bob Sullivan
Label : International Artists

Roky Erickson  : chant principal, guitare rythmique
Stacy Sutherland : guitare solo, chœurs
Benny Thurman : basse (présent sur les premiers enregistrements, remplacé ensuite)
Ronnie Leatherman : basse (présent sur la majorité des titres de l’album)
John Ike Walton : batterie, percussions
Tommy Hall - electric jug (cruche électrique) et paroles

Face A

- You're Gonna Miss Me (Erickson)
- Roller Coaster (Hall, Sutherland)
- Splash 1 (Erickson, Clementine Hall)
- Reverberation (Hall, Sutherland)
- Don't Fall Down (Erickson, Hall)
- Fire Engine (Erickson, Hall)

Face B

- Thru the Rhythm (Hall, Sutherland)
- You Don’t Know ( Hall, Sutherland)
- Kingdom of Heaven (Hall, Sutherland)
- Monkey Island (Hall, Sutherland)
- Tried to Hide (Erickson, Hall)




Commentaires

  1. Du lourd ça ! C'est hyper tripant (ou hypertripaon aussi on peut dire ça sonne bien, comme un gros paon à trois têtes....désolé ce genre de musique ne me laisse pas indifférent et je pars loin...) ! Comme tu dis c'est un déluge de reverbs et de fuzz. Une perle du rock psychédélique... C'est vraiment un époque qui fourmillait de surprises musicales et d'une originalité sans limite.

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  2. Oui comme tu dis à juste titre, " C'est vraiment un époque qui fourmillait de surprises musicales et d'une originalité sans limite". Le plus drôle c'est qu' à la première écoute, l'on pourrait penser que ce groupe est né sur la west coast. Mais pas du tout, ils sont bien de Austin/Texas. La relève n'est pas prêt d'arriver...

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