Mandrill - Mandrill
Mandrill – Mandrill (1971)
Un primate funky en liberté dans la Grosse Pomme
De Panama à Brooklyn
Fondé à Brooklyn à la fin des années 60, Mandrill est avant tout un groupe de scène reconnaissable à ses tenues flamboyantes et à son goût marqué pour l’improvisation. Leur musique, mélange explosif de funk, soul psychédélique, jazz, rock, rythmes afro-caribéens, avec des touches de gospel et de rock progressif, reflète parfaitement l’effervescence multiculturelle du New York de l’époque.
Le groupe se structure autour des frères Wilson : Carlos, Lou et Ricardo (nés au Panama mais élevés à Brooklyn). Mandrill s’inscrit dans la lignée de formations comme Sly and the Family Stone ou Ohio Players, tout en cultivant une identité plus hybride : cuivres omniprésents, percussions latines, harmonies vocales sophistiquées. Un cocktail sonore intensément cosmopolite.
Les frères Wilson baignent dans la musique dès l’enfance, jouant ensemble dans le salon de coiffure de leur mère ou des camarades les rejoignent fréquemment, encouragés par leurs parents. Pourtant, leurs destins auraient pu prendre des chemins très différents :
Ricardo, diplômé de Harvard College, exerce un temps comme cardiologue ; Carlos, fraîchement sorti de la Mannes School of Music, est envoyé au Vietnam ; Lou poursuit ses études à la Long Island University tout en multipliant les petits boulots.
C’est finalement en 1968 que Mandrill prend forme, porté par cette solide formation musicale et un vécu qui donnera à leur approche artistique un relief particulier.
L’album
Le disque s’ouvre avec Mandrill, un rituel d’introduction où funk-soul et rythmes africains se mêlent dans une atmosphère proche de Santana (premier album) La basse est lourde, les cuivres flamboyants, et l’ensemble pose immédiatement les bases d’un univers sonore foisonnant.
Warning Blues embraye sur un funk nerveux, très bluesy, typique du New York du début des années 70, celui des clubs moites, des ruelles vibrantes et des nuits sans fin.
Avec Symphonic Revolution, le groupe se risque à une ballade ambitieuse, presque progressive, élégante et surprenante.
Puis vient Rollin’ Roll, un funk plus léger mais terriblement groove, rehaussé de chants gospel et d’un refrain accrocheur soutenu par des cuivres étincelants et une guitare wah-wah en pleine forme.
La face B s’articule autour de deux pièces.
D’abord Peace and Love, longue chanson-concept divisée en cinq mouvements, véritable colonne vertébrale de l’album. Mandrill y déploie un laboratoire sonore où jazz progressif, funk, soul et rythmes africains se mélangent dans une expérience résolument psychédélique.
Enfin, Chutney clôt le disque avec un court morceau atypique et festif, mené tambours battants par des percussions caribéennes qui rappellent Brooklyn et ses quartiers latinos en pleine effervescence.
Et après ?
Mandrill connaîtra une carrière plus que respectable jusqu’au milieu des années 70, avant que les membres originaux ne commencent à s’éparpiller dans d’autres projets. Le groupe ne bénéficiera jamais de la reconnaissance populaire des grandes formations funk de l’époque. Leur musique, sans doute trop expérimentale et trop avant-gardiste, restera surtout appréciée des amateurs éclairés.
Quelques titres perceront toutefois : Fencewalk et Mango Meat connaîtront un succès notable auprès du grand public.
Et dans les années 80, Mandrill renaîtra en partie via le sampling, notamment grâce à Public Enemy et d’autres figures incontournables du Hip Hop.
Epilogue
Ce premier album, fascinant par son kaléidoscope musical, n’a peut-être pas révolutionné l’industrie du disque, mais il a sans conteste contribué à repousser les frontières du funk. Il annonce surtout la secousse sismique des deux albums suivants (Mandrill Is et surtout Composite Truth).
Patchwork brillamment maîtrisé, Mandrill est un disque cohérent, audacieux et farouchement libre, une véritable déclaration d’indépendance musicale.
Un premier opus chaudement recommandé pour quiconque souhaite sentir battre le pouls du New York funk-soul du début des seventies.
Fiche technique :
Date d’enregistrement : Hiver 1970
Studios : Electric Lady Studios (New York City)
Sortie : Avril 1971
Durée : 39:03
Genre : Soul, funk, jazz-rock
Style : Fusion : funk, jazz, rock, soul, latin
Producteur : Mandrill - Beau Ray Fleming
Ingénieur du son : Kim King - Vin Leary
Label : Polydor
Musiciens :
Carlos Wilson : flûte, trombone, guitare, chant, percussions
Louis (Lou) Wilson : percussion, trompette, bugle (flugelhorn), chant
Ricardo “Ric” Wilson : saxophone, percussion, chant
Claude “Coffee” Cave : claviers, vibraphone, percussion, chant
Bundy Cenac : basse, percussion, chant
Omar Mesa : guitare, percussion, chant
Charles Padro : batterie, percussion, chant
Face A
1. Mandrill (Mandrill groupe)
2. Warning Blues (les frères Wilson)
3. Symphonic Revolution (frères Wilson)
4. Rollin’ On (frères Wilson)
Face B
1. Peace and Love (Amani Na Mapenzi)
Movement I (Birth) (frères Wilson)
Movement II (Now) (frères Wilson)
Movement III (Time) (frères Wilson)
Movement IV (Encounter) (frères Wilson)
Movement V (Beginning) (frères Wilson)
2. Chutney (frères Wilson)
Belle découverte que cet album de Mandrill !!
RépondreSupprimerMerci pour votre commentaire Sylviane ! Comme j'ai eu l'occasion de vous l'expliquer, j'essaye d'alterner mes critiques entre grands classiques et albums moins connus. D'autres surprises vont arriver. Si j'ai pu vous faire découvrir et aimer "Mandrill", j'en suis très heureux. A très bientôt de nouveau sur Vinyl Blossom !
RépondreSupprimerWow je connaissais pas ! Hallucinant ! Je découvre ça matinalement, c'est un vrai bonheur ! Et en plus il y a déjà toutes les infos, et ils ont enregistrés au Electric Lady Studio !! C'est fantastique.... Et bien je suis parti pour l'écoute complète de l'album maintenant. Merci pour cette formidable découverte. En plus au début j'ai pensé que c'était dans le style de Mandingo, mais pas du tout ! C'est carrément unique !
RépondreSupprimerLes années 60 et 70 sont pleines de pépites de ce genre et je vais (j'espère) vous en faire découvrir un maximum. Les deux autres albums de Mandrill qui ont suivi sont probablement meilleurs que celui. En tous les cas, ils ont eu plus de succès ! Merci beaucoup pour ce sympathique commentaire et à très vite sur Vinyl Blossom !
SupprimerWoooow je ne connaissais pas du tout, je sais pas comment c'est possible !!! Merci pour cette formidable découverte ! Je suis bon pour l'écoute intégrale de cet album unique !!!! En plus il y a déjà toute les infos nécessaire dispo, et je vois qu'ils ont enregistré au Electric Lady Studio..... C'est magnifique tout simplement. Au début, sur les premières secondes, j'ai cru que c'étais un peu comme Mandingo, mais pas du tout !! C'est absolument génial.
RépondreSupprimerJe suis tellement heureux de lire des commentaires comme le votre. J'espère vous revoir très bientôt pour de nouveaux commentaires.
Supprimer"Symphonic Revolutions" porte bien son nom. C'est une révolution symphonique cette chanson.
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup la face B de l'album que je trouve plus "progressif" mais c'est exact que "Symphonic Revolution" est une très belle chanson. Encore merci Alex !!!
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