The Byrds - Mr. Tambourine Man

The Byrds - Mr. Tambourine Man (1965)
Le mariage de la guitare folk et de l'électricité 


Les débuts : naissance d’un son (Los Angeles, 1964)

Non, Mr. Tambourine Man n’était pas un dealer, et le fameux “play a song for me” n’était pas un code pour réclamer un joint. La rumeur a pourtant fait son chemin, jusqu’à ce que Bob Dylan lui-même la démonte.

Nous sommes en 1965. À Los Angeles, cinq jeunes musiciens rêvent de liberté et de succès. Roger McGuinn, Gene Clark, David Crosby, Chris Hillman et Michael Clarke viennent de former The Byrds, un groupe typiquement californien mais influencé par les Beatles. Malgré tout, ils restent bien décidés à ne pas en être une simple copie américaine. Dans leurs bagages, une reprise électrique du Mr. Tambourine Man de Dylan, sorti quelques mois plus tôt.

McGuinn, Clark et Crosby viennent tous trois de la scène folk, marqués par Pete Seeger, Woody Guthrie et les harmonies vocales des Everly Brothers. L’idée germe : marier la poésie du folk à l’énergie électrique venue de Grande-Bretagne. Fasciné par la Rickenbacker 12 cordes de George Harrison dans A Hard Day’s Night, McGuinn en fait sa signature personnelle. Le résultat ? Un son cristallin, planant, immédiatement reconnaissable.
Sans vraiment le savoir, les Byrds viennent d’inventer le folk rock.

En studio : quand les égos s’entrechoquent

L’enregistrement de Mr. Tambourine Man n’a rien d’un long fleuve tranquille. Le groupe n’a pas un sou, mais Columbia Records finit par leur donner une chance à la condition que le single soit impeccable. Le producteur Terry Melcher (fils de Doris Day) insiste : pour ce premier enregistrement, les musiciens de studio du Wrecking Crew épauleront le groupe (les même qui furent recrutés la même années par Brian Wilson pour l'enregistrement du fabuleux Pet Sounds).

Résultat : Hal Blaine à la batterie, Larry Knechtel à la basse, Jerry Cole à la guitare et Leon Russell au piano… et seul Roger McGuinn autorisé à jouer sa Rickenbacker et à chanter la partie. Les autres Byrds, vexés, sont mis sur la touche pour ce morceau mais ils assureront ensuite l’intégralité du reste de l’album.
Sur Mr. Tambourine Man, McGuinn chante la voix principale, épaulé par Gene Clark et David Crosby aux harmonies célestes. Dylan, impressionné, dira plus tard : “They made it their own.” Et il n’a pas tort tant leur version transforme le folk en pop ensoleillée, portée par ce son clair comme l’air du Pacifique.
Le succès est immédiat : numéro 1 aux États-Unis et au Royaume-Uni, au cœur même de la British Invasion. Mais derrière la réussite, les tensions montent. Crosby veut imposer ses harmonies et méprise un peu Gene Clark qu’il trouve trop sentimental. Clark, de son côté, écrit la majorité des chansons et enchaîne les coups d’éclat créatifs. McGuinn, lui, reste le pilier, sa Rickenbacker, c’est “le son Byrds”.

Les disputes éclatent régulièrement, les enregistrements s’enlisent, mais au bout de quatre mois de sessions parfois électriques, l’album Mr. Tambourine Man sort le 21 juin 1965. C’est un triomphe. Un disque qui cristallise le son d’une génération : lumineux, libre et mélancolique.

Le contenu de l’album

Difficile de choisir un titre faible dans cette oeuvre. Tout s’enchaîne avec grâce et légèreté.
La reprise de Mr. Tambourine Man est une splendeur aérienne, presque mystique. I’ll Feel a Whole Lot Better, signée Gene Clark, allie mélancolie et énergie pop, tandis que The Bells of Rhymney (adaptée d’un poème gallois via Pete Seeger) donne au disque une profondeur inattendue.

Entre les reprises de Dylan (All I Really Want to Do, Chimes of Freedom) et les compositions originales de Clark, l’album alterne pop lumineuse et folk électrique. C’est à la fois cérébral et instinctif, comme si la poésie rencontrait enfin l’électricité.

Après The Byrds : le vol en solo

Les années qui suivent seront aussi intenses que chaotiques. Crosby deviendra une légende de la côte Ouest en cofondant Crosby, Stills, Nash & Young, entre génie musical et excès destructeurs (drogue, prison, fortune dilapidée)
Roger McGuinn mènera une carrière solo discrète mais respectée, fidèle à sa Rickenbacker et à l’esprit des Byrds.
Chris Hillman sera un artisan du country rock, au sein de The Flying Burrito Brothers puis de Manassas.
Michael Clarke suivra un temps Hillman avant d’être rattrapé par l’alcool.
Et Gene Clark, poète fragile du groupe, livrera plusieurs albums sublimes avant de s’éteindre alccolique en 1991 

Héritage

Mr. Tambourine Man fut pour les Byrds ce que Please Please Me fut pour les Beatles : un coup de tonnerre fondateur. Le disque ouvrit la voie au folk rock, inspira Dylan à passer à l’électricité, et posa les bases du son californien.

Soixante ans plus tard, il n’a rien perdu de sa fraîcheur. Cristallin, rêveur, libre, un disque taillé pour rouler vitres baissées sur la Pacific Coast Highway sous un soleil de plomb mais qui ne perd pas de son aura ou que vous vous trouviez sur cette terre.


Fiche technique :

Enregistrement : Janvier à Avril 1965
Studio : World Pacific Studio (Los Angeles)
Sortie : 21 juin 1965
Durée : 31.35
Genre : Rock
Style : Folk rock, Garage rock, Pop rock
Producteur : Terry Melcher
Ingénieur du son : Dave Hassinger
Label : Columbia

Musiciens : 

Roger McGuinn : Chant, guitare 12 cordes
Gene Clark : Chant, guitare rythmique
David Crosby : Chant, guitare
Chris Hillman : basse
Michael Clarke : batterie

Musiciens additionnels sur le titre Mr. Tambourine Man

Leon Russel : Piano
Larry Knechtel : Basse
Hal Blaine : Batterie
Jerry Cole : Guitare

 Face A 

1. Mr. Tambourine Man (Dylan)
2. I'll Feel A Whole Lot Better (Clark)
3. Spanish Harlem Incident (Dylan)
4. You Won't Have to Cry (Clark - MCGuinn)
5. Here Without You - (Clark)
6. The Bells of Rhymney (Idris Davies - Pete Seeger)

Face B

1. All I Really Want To Do (Bob Dylan)
2. I Knew I'd Want You (Clark)
3. It's No Use (Clark - McGuinn)
4. Don't Doubt Yourself, Babe (Jackie DeShannon)
5. Chimes of Freedom (Dylan)
6. We'll Meet Again (Ross Parker - Hughie Charles)

Commentaires

  1. J'ai découvert par hasard ce groupe il y a quelques années dans un excellent salon de thé/coffee shop sur Bordeaux. J'y ai même acheté le vinyle héhéhé 😏
    Depuis, c'est toujours un plaisir de le faire tourner sur ma platine et de penser à ces délicieux cheesecakes !

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  2. "oui" et de mémoire c'était une ancienne version française. Peut être pas l'original mais en tous les cas peut être début 1970. Excellent achat Baptiste !

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