Wishbone Ash - Argus
Wishbone Ash - Argus (1972)
Quand les guitares croisent le fer
La force de WISHBONE ASH réside sans doute dans l’alchimie entre ses deux guitaristes d’exception : Andy Powell et Ted Turner. Véritables architectes du son du groupe, ils signent la plupart des titres de Argus, troisième album de la formation originaire de Torquay, au sud de l’Angleterre. Leur jeu, à la fois lyrique et tranchant, semble tissé d’un même fil d’or : les guitares se répondent, se croisent, se complètent, comme deux chevaliers unis sur un champ de bataille musical. Mais que l’on ne s’y trompe pas , Martin Turner (basse, chant) et Steve Upton (batterie) ne sont pas de simples écuyers : ils en sont la fondation solide, le rythme battant du cœur d’Argus.
À sa sortie en 1972 sur le label RCA, Argus reçoit un accueil triomphal, aussi bien du public que de la critique. L’album atteint la troisième place des charts britanniques, une prouesse remarquable pour un groupe encore jeune, et devient rapidement leur œuvre la plus emblématique. La presse anglaise salue la virtuosité du duo de guitaristes et leur capacité à mêler avec élégance hard rock, folk et rock progressif. Les compositions, complexes sans jamais être hermétiques, ouvrent la voie à un style unique : le fameux "dual lead guitar", dont s’inspireront plus tard des formations comme THIN LIZZY ou IRON MAIDEN.
Pourtant, WISHBONE ASH ne rejoindra jamais tout à fait le panthéon des “grands” de l’époque. Peut-être parce que leur musique refusait les étiquettes, oscillant entre intensité brute et raffinement mélodique. Leur rock, trop subtil pour être du hard, trop puissant pour n’être que du folk, s’élevait dans une zone frontière, comme un chevalier errant entre deux royaumes.
Après deux albums prometteurs dont Pilgrimage, aux accents jazz-rock, le groupe entre en studio avec l’ambition claire de conquérir un public plus large.
Et la conquête débute avec Time Was, presque dix minutes d’une fresque sonore. Une introduction acoustique paisible, telle une mer calme avant la tempête, laisse bientôt place à la montée des guitares qui se défient et s’unissent sous la voix mélancolique de Martin Turner. Puis vient Sometime World, où la douceur initiale s’efface devant une section rythmique implacable, la basse bondissante soutenant des envolées de guitares en parfaite harmonie.
Sur Blowin' Free, les racines folk se mêlent à des accents bluesy et progressifs : un titre lumineux, souvent repris sur scène, devenu hymne du groupe.
La face B s’ouvre sur The King Will Come, morceau majestueux où la pédale wah-wah et les basses grondantes installent une tension mystique. Les paroles, traversées de symboles bibliques et ésotériques, évoquent un jugement divin, un feu purificateur venu du ciel :
- Flying through the sky, he will come to purify,
See the fire in his eyes, see the ever-changing lies -
(Volant à travers le ciel, il viendra pour purifier, vois le feu dans ses yeux, vois les mensonges sans cesse changeants).
Leaf and Stream apporte ensuite une respiration poétique : une ballade acoustique d’une beauté fragile, où les guitares claires se font murmure de rivière. Puis surgissent les deux pièces finales, Warrior et le magnifique Throw Down the Sword qui forment le diptyque héroïque et spirituel de l’album. Dans Warrior, la tension guerrière s’allie à une grâce presque liturgique, tandis que Throw Down the Sword clôt l’épopée sur une note de rédemption : le chevalier y dépose les armes, acceptant la paix après la bataille. Un final d’une noblesse rare, où la puissance s’efface devant la transcendance.
Plus d’un demi-siècle après sa sortie, WISHBONE ASH continue à sillonner les routes du monde, Andy Powell en est aujourd’hui le seul membre originel et Argus demeure leur sommet. Écouter ce disque, c’est entreprendre un voyage initiatique à travers le temps, entre ombres médiévales et lumière spirituelle.
Certaines choses s’usent à force d’usage. Argus, lui, se régénère à chaque écoute. Il rappelle que le rock peut être à la fois puissant et mystique, terrestre et céleste.
Si votre quête vous mène vers les grands albums des années 70, Argus est une étape incontournable, un sanctuaire où la guitare devient épée, et la musique, prière.
Fiche technique :
Enregistrement : Janvier 1972
Studio : Studios de Lane Lea (Londres)
Sortie : 28 Avril 1972
Durée : 44.51
Genre : Rock
Style : Rock progressif, Hard rock, Blues rock, Folk
Producteur : Derek Lawrence
Ingénieur du son : Martin Birch
Label : MCA Records
Andy Powell : guitare électrique, guitare lap steel, chant
Ted Turner : guitare électrique, chant
Martin Turner : basse, chant principal
Steve Upton : batterie, percussions
Face A :
- Time Was (Powell, T.Turner, M.Turner, Upton)
- Sometime World (Powell, T.Turner, M.Turner, Upton)
- Blowin’ Free (Powell, M.Turner)
face B :
- The King Will Come (Powell, T.Turner, M.Turner, Upton)
- Leaf and Stream (Powell, T.Turner, M. Turner, S.Upton)
- Warrior (Powell, T.Turner, M.Turner, Upton)
- Throw Down the Sword (Powell, T.Turner, M.Turner, Upton)

Un de mes groupes cultes , Argus leur meilleur opus, une merveille qui ne prend pas une ride au même titre que le suivant Wishbone Four avec le somptueux Everybody needs a friend
RépondreSupprimerEt que dire du Live Date !? Oui Wishbone Ash est un très grand groupe qui aurait mérité plus de reconnaissance. A très bientôt sur Vinyl Blossom pour plus de commentaire et un grand merci à toi !
RépondreSupprimerTe felicito por la reseña de Argus, una auténtica joya de la música. Sin dudas la.obra maestra de Wishbone Ash y una de las cumbres del género.
RépondreSupprimerThe King Will Come es mi tema preferido de este gran disco. Y como dices, Argus se regenera con cada nueva escucha. Como el buen vino, pasa el tiempo y sabe mejor!
Por desgracia, grupos como ellos y muchos otros, no hay mas. Es por esso que es importante seguir haciendo vivir sus musicas. Espero volver a leerte en Vinyl Blossom y muchas gracias para escribir desde Argentina !
RépondreSupprimerEt toujours un plaisir à voir en live !
RépondreSupprimer"Oui" j'imagine. Les vieux groupes même si ils n'ont plus la fougue de leur jeunesse sur scène restent musicalement des monstres. A très bientôt sur Vinyl Blossom Eric !
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