Grateful Dead - Blues for Allah

Grateful Dead - Blues for Allah
Un prince arabe remixé par une bande de chamans californiens.


Coran alternatif

Fayçal (à ne pas confondre avec “faciale") Ben Abdelaziz Al Saoud, roi d’Arabie saoudite, est assassiné le 25 mars 1975 par l’un de ses neveux. Quel rapport avec Blues for Allah ? Aucun, ou presque. Sauf si l’on prête foi à cette rumeur improbable : le monarque aurait été fan des Grateful Dead, tel un autocrate parachuté en plein trip, sous LSD, dishdasha trois pièces contre guitares déglinguées, protocole contre chaos...ben voyons !

Plus sérieusement, à l’époque, le Moyen-Orient est une poudrière. Peut-être que “The Dead”, conscients de ce climat électrique, ont voulu tendre une main symbolique vers l’Orient en invoquant Allah dans un geste quasi mystique.
Quoi qu’il en soit, Blues for Allah demeure l’un des albums les plus audacieux du groupe. Un tapis volant s'élevant sur une fumée de canabis qui occupe une place à part dans leur discographie. Expérimental, abstrait, parfois hermétique, il capture un Jerry Garcia inspiré, accompagné d’un groupe qui ose perdre pied pour mieux se réinventer.

Nous sommes en 1975. Voilà un an que le groupe a suspendu ses tournées : épuisement général, logistique monstrueuse, et surtout ce fameux “Wall of Sound” dont le coût rend chaque déplacement délirant. Cette pause forcée se transforme en cure créative. Installés chez le guitariste Bob Weir, à Mill Valley, au nord de San Francisco, les musiciens composent et enregistrent dans un cadre intime, propice à l’improvisation débridée. Aucune chanson n’est écrite à l’avance : le Dead se retrouve nu, obligé de se réinventer.

Le résultat est un melting-pot finement délirant, une orgie de notes sous champignons hallucinogènes : jazz fusion, rock psychédélique, harmonies modales et parfums méditerranéens. Les structures éclatent, les climats s’étirent, les atmosphères s’obscurcissent. Blues for Allah montre un groupe prêt à s’éloigner de ses racines folk pour explorer un territoire plus savant, presque ésotérique.

Un harem musical

La face A s’ouvre sur une des suites les plus emblématiques du Dead :
Help on the Way / Slipknot!, enchainement interminable mais également incontournable des concerts du groupe jusque dans les années 1990. Tout commence par un groove élégant et rythmé, presque funky, avant de fondre dans un jazz fusion labyrinthique où les guitares filent comme des serpents dans les dunes.
King Solomon’s Marbles, instrumental en deux mouvements sur le vinyle original, danse entre virtuosité nerveuse et délires syncopés.
The Music Never Stopped, également grand favori des concerts, referme la première partie avec une énergie solaire.
Face B : Crazy Fingers, joyau mélancolique, ouvre un versant plus introspectif.
Puis vient Sage and Spirit, qui respire l’Afrique, l’Orient, et la poussière des routes ancestrales.
Blues for Allah : un jihad psychédélique, radical, mystique, taillé pour tout sauf la radio.

Fatwa sur l’industrie musicale

Blues for Allah est un disque à part dans la galaxie Grateful Dead : une sorte de souk musical où se croisent jazz-rock cérébral, folk sous kif, improvisations crépusculaires et réminiscences mystiques. L’album n’a ni la chaleur directe des "lives", ni la douceur mélodique d’American Beauty. Mais il possède autre chose : une audace rare, une forme de folie contrôlée que peu de groupes auraient osé.

Et pour conclure, restons dans l’esprit du titre :
Blues for Allah, c’est une caravane qui avance lentement dans un désert d’encens et de mirages, éclairée par une lune bleutée digne d’un trip bédouin en overdose de khat. Un disque qui refuse de se livrer, qui laisse traîner ses secrets comme des bijoux dans le sable. Pas le plus accessible, certes, mais peut-être le plus fascinant : une curiosité devenue classique, un psaume psychédélique destiné à ceux qui aiment se perdre dans les oasis californiennes aux sonorités élaborées.


Fiche technique :

Enregistrement : Février à Mai 1975
Studio : Studio personnel de Bob Weir (Mill Valley, Californie)
Sortie : 01 septembre 1975
Durée : 44.01
Genre : Rock
Style : Rock psychédélique, rock progressif, jazz fusion
Producteur : Grateful Dead
Ingénieur du son : Dan Healy -Betty Cantor-Jackson - Bob Matthews
Label : Grateful Dead Records

Musiciens :

Jerry Garcia - Guitare, chant 
Bob Weir - Guitare, chant 
Phil Lesh - Basse, chant 
Keith Godchaux - Claviers, chant 
Donna Jean Godchaux - Chant
Bill Kreutzmann - Batterie, percussions 
Mickey Hart - Percussions 

Musiciens additionnels :

Steven Schuster - Flûte, instruments à vents


Face A


1. Help on the Way (Jerry Garcia & Robert Hunter) / Slipknot! (Jerry Garcia, Bill Kreutzmann, Phil Lesh & Bob Weir)

2. Franklin’s Tower (Jerry Garcia, Bill Kreutzmann & Robert Hunter)

3. King Solomon’s Marbles (Phil Lesh & Bill Kreutzmann)

4. Stronger Than Dirt or Milkin' the Turkey (Phil Lesh & Bill Kreutzmann)

5. The Music Never Stoped  (Bob Weir & John Perry Barlow)


Face B


1. Crazy Fingers (Jerry Garcia & Robert Hunter)

2. Sage & Spirit (Phil Lesh)

3. Blues for Allah (Jerry Garcia, Bill Kreutzmann, Phil Lesh, Bob Weir, Mickey Hart, Keith Godchaux)

4. Castles & Glass Camels (Jerry Garcia & Robert Hunter)

5. Unusual Occurrences in the Desert (Jerry Garcia & Robert Hunter)






Commentaires

  1. Ta critique donne très envie de découvrir ce Disque, puisque le Dead a par le nom je n'y connaît rien 🙃

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  2. Une fois que tu l'auras écouté, j'aimerai beaucoup avoir ton avis en commentaire. Malgré tout, cet album que je trouve très bon (voir le meilleur de Grateful Dead) est bien différent des premiers plus psychédéliques ou folks. Pour info, ne pas perdre de temps à écouter leur premier album.

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