Kevin Ayers - Joy of a Toy

Kevin Ayers - Joy of a Toy (1969)
Un hédonisme musical assumé


Who's Kevin ?

Qui est Kevin Ayers ? Joy of a Toy, son premier album solo, offre une clé d’entrée idéale pour dresser le portrait de cet artiste singulier et pour proposer une critique d’une œuvre aussi imaginative que fantasque, profondément marquée par un hédonisme assumé. Ancien membre fondateur de Soft Machine, avec lequel il enregistre The Soft Machine (1968) et Volume II (1969) en tant que bassiste, Kevin Ayers se distingue par un jeu mélodique et non conventionnel, parfois proche de l’improvisation. Une approche qui contribue de manière décisive au caractère psychédélique et expérimental des débuts du groupe.

En 1969, épuisé par les tournées et le mode de vie qu’elles imposent, Ayers quitte le groupe sans préavis. La formation originaire de Canterbury traverse alors une période de crise et semble promise à un avenir incertain, une impression qui se révélera finalement erronée grâce aux efforts du batteur et chanteur Robert Wyatt. Déterminé à mettre un terme à sa carrière musicale, Ayers serait toutefois revenu sur sa décision après avoir échangé avec Jimi Hendrix qu’il fréquentait à cette époque lors de ses séjours londoniens. Cette version des faits, souvent évoquée, n’a cependant jamais été officiellement confirmée.

Lassé de l'influence pop jazz typique de la scène de Canterbury, Ayers souhaite créer avec Joy of a Toy quelque chose de plus personnel, plus ludique d'approche : une musique légère en apparence, presque enfantine, mais souvent teintée de mélancolie et d'ironie. L'album est un mélange singulier de pop psychédélique, de folk et d’expérimentations progressives. C'est parfois baroque, presque théâtral, mais l'on y sent une liberté créative totale, et c'est ce qui en fait un album touchant, loin des formats commerciaux classiques de l'époque.

Quelque chose de plus ludique que la scène de Canterbury

Dès l’ouverture, Joy of a Toy Continued donne le ton. Une comptine débridée, presque enfantine, comme si une fois la porte refermée, les jouets d’une chambre prenaient vie pour improviser leur propre fanfare. Le petit singe cogne ses cymbales, le soldat martèle une batterie de fortune, et une flûte malicieusement enjouée mène la danse. Une entrée en matière volontairement délirante, qui semble tourner le dos à la sophistication parfois cérébrale de son ancien groupe pour retrouver une forme de liberté créative joyeuse.
Le décor change avec Town Feeling, morceau plus posé, contemplatif, qui évoque l’errance urbaine, la solitude observée à distance presque avec tendresse. 
Puis The Clarinet Rag déboule comme une parenthèse festive : un instrumental aux accents ragtime, revisité par un psychédélisme façon Nouvelle Orléans, festif et légèrement ivre.
Avec Girl on a Swing, l’album atteint l’un de ses sommets. Ballade folk psychédélique d’une grande délicatesse, elle convoque l’insouciance et l’enfance avec une mélodie immédiatement mémorable. C’est sans doute l’un des titres les plus emblématiques du disque. 
Un peu plus loin, Song for Insane Times assume son excentricité : une pièce loufoque, décalée, à l’onirisme étrange, qui n’est pas sans rappeler certaines audaces des Soft Machine.

La face B s’ouvre sur Stop This Train (again doing it), morceau plus long et hypnotique, porté par un rythme lancinant et répétitif. On y sent poindre la lassitude de la vie passée en tournée, une forme de ras-le-bol diffus, presque obsessionnel. 
Eleanor’s Cake (Which Ate Her) poursuit dans un registre légèrement surréaliste, autant dans ses paroles que dans son instrumentation, comme un rêve éveillé aux contours flous.
The Lady Rachel s’impose ensuite comme l’un des grands moments de l’album. Plus profonde, presque cinématographique, la chanson installe une atmosphère impressionniste, traversée par une tension qui ne cesse de monter. 
Oleh Oleh Bandu Bandong renoue avec une veine plus expérimentale, psychédélisme étrange et décalé, flirtant avec l’absurde. 
Enfin, All This Crazy Gift of Time referme l’album avec douceur : une conclusion introspective aux accents folk qui célèbre le temps qui passe, la vie et toutes les rêveries qui nous accompagnent.

Fantaisie oblique

Joy of a Toy se révèle à l’écoute, plus complexe qu’il n’y paraît. Derrière une première impression de simplicité, la créativité foisonnante de Soft Machine n’est jamais loin, mais Kevin Ayers, contrairement à beaucoup de ses contemporains, refuse la virtuosité ostentatoire et les constructions trop complexes. Sa musique privilégie l’atmosphère, la couleur et l’ironie, autant d’éléments qui traversent chaque note de cet album.

Les compositions d’Ayers s’appuient souvent sur des structures épurées, presque nonchalantes, mais trahissent un sens aigu de la mélodie oblique et des harmonies inattendues. Sous cette apparente désinvolture, l’écriture se révèle subtile, fragile parfois, volontairement bancale à d’autres moments, offrant un équilibre fascinant entre spontanéité et sophistication.

Avec Joy of a Toy, c’est tout un Londres psychédélique disparu qui semble ressusciter : un univers vibrant, débridé et fantasmé que je n’ai jamais connu directement mais dont les échos continuent de hanter mes oreilles avec une tendre nostalgie. Un vertige que l’on revisite sans cesse, et qui justifie amplement l’écoute régulière de cet album.


Fiche technique :

Enregistrement : août – octobre 1969
Studio : Abbey Road Studios (Londres)
Sortie : novembre 1969
Durée : 41.38
Genre : rock psychédélique - pop psychédélique
Style : pop baroque psychédélique, esprit Canterbury, songwriting intimiste et expérimental.
Producteur : Kevin Ayers & Peter Jenner
Ingénieur du son : Peter Mew
Label : Harvest Records

Musiciens :

Kevin Ayers – chant, guitare, basse, harmonica 
Robert Wyatt – batterie 
David Bedford – piano, mellotron
Mike Ratledge – orgue
Hugh Hopper – basse 
Paul Buckmaster – violoncelle 
Jeff Clyne – contrebasse 
Paul Minns – hautbois

Face A

1. Joy of a Toy Continued
2. Town Feeling 
3. The Clarietta Rag 
4. Girl on a Swing 
5. Song for Insane Times 

Face B

1. Stop This Train (Again Doing It)
2.Eleanor’s Cake (Which Ate Her) 
3.The Lady Rachel 
4. Oleh Oleh Bandu Bandong 
5. All This Crazy Gift of Time

Toutes les chansons écrites et composées par Kevin Ayers.

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