Eloy - Floating

Eloy - Floating (1974)
L'écho d'un son né du cosmos !

Eloy ou sa quête d'universalité

Floating est le troisième album du groupe allemand Eloy. Porté par des thématiques récurrentes : science-fiction, voyage intérieur, temps, conscience et exploration du cosmos, le groupe affine ici une identité musicale à la croisée du rock progressif, du space rock et de certaines esthétiques du Krautrock. Cette aspiration permanente à l’évasion peut aussi se lire comme une réponse diffuse, presque inconsciente, à une Allemagne encore divisée. À travers ses longues plages atmosphériques et son imaginaire cosmique, Eloy semble ainsi poursuivre une quête d’universalité, comme pour s’affranchir des frontières terrestres et des réalités politiques de son époque. Mais là où Faust (célebre groupe de Krautrock allemand) transforme cette brèche en matière sonore et conceptuelle, Eloy incarne une recherche d'unité globale, presque une négation des fractures géographique.

Formé à Hanovre en 1969 autour du guitariste Frank Bornemann, Eloy débute dans un hard rock mâtiné de blues, nourri aux volutes de Deep Purple. Mais très vite, dès leur deuxième album (Inside), le groupe amorce un virage décisive : les riffs s’aèrent, les structures s’étirent et la musique glisse vers un rock progressif plus atmosphérique, presque cosmique, celui-là même qui fera leur signature tout au long des années 1970.
L’année 1973 marque un autre tournant : la formation se stabilise enfin et trouve son point d’équilibre. Les morceaux s’allongent, gagnent en densité et en souffle planant, tandis que les influences se déplacent (soit disant) vers Pink Floyd et Yes là où je trouve que Nektar et Hawkwind sont des formations bien plus proches de leur style musical. Bien qu’allemand, le groupe développe alors un son souvent jugé plus proche du progressif britannique que du krautrock motorik auquel on associe habituellement la scène germanique.
Avec Floating, Eloy dépasse définitivement le simple exercice de style progressif pour s’aventurer dans de véritables paysages sonores, spatiaux et psychédéliques, une esthétique immersive qui deviendra, par la suite, l’ADN du groupe.

L'enregistrement spatiale 

À la veille de l’entrée en studio, le groupe connaît un changement décisif dans ses rangs. Wolfgang Stöcker quitte la formation pour des raisons personnelles, aspirant à une vie plus stable. Il est remplacé par Luitjen Janssen, dont le jeu de basse, plus mélodique et atmosphérique, s’impose rapidement comme un élément structurant des compositions de l’album. Sans jamais chercher à s’imposer, Janssen met sa sensibilité au service des autres instruments, contribuant de manière déterminante à l’équilibre sonore du disque.

La face A s’ouvre sur le morceau éponyme, une entrée en matière brusque (dans le bon sens du terme) qui pose immédiatement l’identité de l’album. Entre rock progressif et hard-rock, la guitare rugit avec énergie tandis qu’une légère brume psychédélique semble envelopper le titre. Le jeu de basse de Janssen déroule, hypnotique et précis, et les autres instruments n'ont plus qu'à venir se greffer naturellement sur ce groove implacable, alors que les chants tribaux nous entraînent en terre inconnue. On devine que derrière cette frénésie se cachent les traces d’expériences un peu plus intenses, celles qui donnent aux musiques de cette époque leur profondeur hallucinée.
Puis survient The Light from Deep Darkness, un voyage de quinze minutes qui explore les confins de textures sonores vertigineuses à la manière d'une montagne russe. Les passages contemplatifs alternent avec des explosions instrumentales, créant une atmosphère à la fois cosmique et introspective, comme si l’auditeur flottait dans un espace infini entre lumière violette et obscurité spatiale.
Castle in the Air, plus terrien mais tout aussi ambitieux, déroule ses riffs puissants et sa progression mélodique soutenue (les fans le considèrent comme le titre phare de l'œuvre). On peut légitimement se demander si ce riff d’ouverture n’a pas, d’une manière ou d’une autre, semé la graine du morceau Raining Blood de Slayer (il ne s'agit que de mon humble avis).
Avec Plastic Girl, le groupe prend le temps de respirer et d’explorer. Long et expansif, le morceau construit un univers hypnotique où orgues, guitares et claviers se répondent dans une méditation instrumentale riche, presque hallucinée, comme une odyssée musicale qui se déroule au rythme de vagues invisibles.
Enfin, Madhouse conclut l’album dans un tourbillon vibratoire, presque heavy par moments. Direct et intense, le morceau reprend les éléments rock du groupe tout en restant fermement ancré dans leur univers progressif, laissant l’auditeur à la fois épuisé et curieux de ce voyage musical.

Un groupe en pleine mutation 

Floating n’est sans doute pas l’album le plus emblématique d’Eloy (quoique) leur apogée se situant plutôt entre 1975 et 1977 avec Power and the Passion, Dawn ou Ocean
Et pourtant, Floating marque un tournant décisif : c’est le moment où le groupe trouve enfin son identité, posant les bases artistiques des œuvres à venir.
Certains jugeront la production datée, mais ces remarques oublient l’essentiel : l’album respire l’époque, avec ses nappes éthérées et ses envolées progressives typiques du space rock allemand. Si ce disque avait été enregistré aujourd’hui, avec toute la précision technique moderne, il est douteux que son charme planant agirait de la même façon.
Eloy est un groupe capable de virtuosité sans jamais perdre son souffle, alternant entre ralentis hypnotiques et poussées d’énergie brute et Floating en est l’illustration parfaite.
En somme, ce disque n’a peut-être pas révolutionné le genre, mais il capture un groupe en pleine mutation, oscillant entre post-psychédélisme aérien et intensité électrique. Pour quiconque aime les voyages interstellaires musicaux, enveloppés dans la brume mystique de l’Allemagne des années 70, Floating reste une curiosité précieuse, à glisser dans sa collection entre Sounds Like This de Nektar et Warrior on the Edge of Time de Hawkwind.


Fiche technique : 

Enregistrement : Janvier – Mai 1974 
Studio : EMI Electrola Studios (Cologne)
Sortie : 11 octobre 1974
Durée : 40.17
Genre : Rock progressif, krautrock, space rock
Style : Progressive rock / space rock
Producteur : Eloy
Ingénieur du son : Wolfgang Thierbach (avec Helmut Rüßmann)
Label : Harvest 
Créateur de la pochette : Jacques Wyrs 

Musiciens :

Frank Bornemann — guitare, chant
Manfred Wieczorke — orgue, guitare
Luitjen Janssen — basse
Fritz Randow — batterie, percussions 

Face A :

1. Floating 
2. The Light from Deep Darkness 

Face B

1. Castle in the Air 
2. Plastic Girl 
3. Madhouse

Tous les titres écrits et composés par Eloy

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