Rush - Fly by Night
Rush - Fly by Night (1975)
Un envol vers le succès
Un nouveau batteur qui change la donne
Deuxième album de Rush, Fly By Night se distingue par l’arrivée de Neil Peart à la batterie, également auteur des paroles (excepté sur le titre Best i Can écrit par Geddy Lee). Son arrivée change tout. Peart n’est pas seulement un batteur d’une précision redoutable ; il débarque surtout avec un carnet de textes déjà bien rempli. En un album, il va redéfinir l’ADN du groupe, tant sur le plan lyrique que conceptuel. La formation canadienne s’y stabilise définitivement et ne connaîtra plus de changements par la suite.
Supérieur au premier album éponyme (y compris sur le plan de la production), Fly by Night n’atteint toutefois pas encore le niveau des œuvres majeures à venir, notamment A Farewell to Kings (1977) et Hemispheres (1978), qui propulseront définitivement Rush sur la scène internationale.
Comme sur leurs débuts, l’influence de Led Zeppelin, oscillant entre hard rock et blues rock, demeure évidente. Néanmoins, on commence à percevoir les premiers signes d’une identité propre, encore embryonnaire, qui s’oriente progressivement vers le rock progressif.
Sans être un album majeur, Fly by Night est sans doute une œuvre qui n’a pas bénéficié de la reconnaissance qu’elle méritait. Il faut dire que son année de sortie fut particulièrement riche en classiques incontournables, tels que Wish You Were Here de Pink Floyd, Sabotage de Black Sabbath ou encore Toys in the Attic d’Aerosmith.
Owl
Et il y a cette pochette magnifique signée par l’Italien Eraldo Carugatti : un hibou se détache dans l’obscurité, ailes déployées, prêt à s’élancer dans le ciel nocturne. Le fond, bleu profond et mystérieux, enveloppe l’oiseau comme une nuit prête à être traversée, tandis que ses yeux orangés, brillants comme des lanternes perdues, percent l’ombre. On sent presque le frisson du vol, cette liberté qui s’apprête à rompre le silence, et l’album Fly by Night devient alors plus qu’un disque : un envol, une aventure nocturne gravée sur vinyle.
Dans les années 70, le design d'un album était d'une importance capitale
Pas encore du rock progressif mais....
L’enregistrement de l’album a lieu à la fin de l’année 1974, principalement aux Toronto Sound Studios, dans un climat loin d’être serein, en plus des nombreux problèmes techniques.
La face A s’ouvre avec Anthem, véritable déclaration d’intention. Le morceau célèbre un individualisme assumé, directement influencé par les lectures d’Ayn Rand de Neil Peart à cette époque, et par son attrait pour une forme de libertarianisme philosophique. Musicalement, Rush affiche ici ses nouvelles ambitions : un hard rock puissant, structuré, porté par des riffs acérés et une rythmique déjà plus complexe que par le passé.
Dans la foulée, Best I Can et Beneath, Between & Behind prolongent cette montée en tension. Deux titres nerveux, sans concession, qui témoignent de la volonté du groupe d’aller de l’avant, coûte que coûte. Des morceaux faits pour être joués fort, très fort, au risque de froisser quelques voisins peu conciliants.
Avec By-Tor and the Snow Dog, Rush change brutalement d’échelle. Cette longue pièce taillée pour le rock progressif met en scène un combat mythologique entre le bien et le mal, raconté comme un conte héroïque aux accents presque médiévaux. Derrière l’aspect parfois naïf du récit, le groupe pose pourtant les bases de son futur équilibre musical : narration épique, ruptures rythmiques, et goût prononcé pour les compositions ambitieuses.
Souvent critiquée à sa sortie pour son côté jugé « trop calme », la face B, à l’exception du morceau-titre Fly by Night, bien plus direct et contrastant avec l’énergie débordante de la première face ne mérite pourtant pas d’être reléguée aux oubliettes. Elle révèle un autre visage du groupe, plus introspectif, plus nuancé.
Très marqués par l’ombre de Led Zeppelin, Making Memories et Rivendell, plus éloignés du hard rock frontal de la face A, s’écoutent avec plaisir, à condition de laisser de côté les critiques hâtives. Ces titres montrent un Rush en quête de textures, d’ambiances, et déjà attiré par des territoires plus progressifs.
Enfin, In the End clôt l’album sur une note évolutive : une introduction acoustique presque effacée, bientôt submergée par une montée en puissance électrique maîtrisée. Une conclusion à l’image de Fly by Night lui-même : un disque en mouvement, encore imparfait, mais déjà habité par une vision claire de l’avenir.
Voler de ses propres ailes
Fly by Night n’est peut-être pas encore l’album de la maturité totale, mais il en contient déjà toutes les promesses. À travers ses contrastes, ses excès parfois maladroits et ses élans plus contemplatifs, Rush affirme une ambition rare pour l’époque : celle d’un groupe refusant les mauvaises critiques, prêt à faire évoluer le hard rock vers des formes plus narratives et plus exigeantes.
Ce disque capte un moment charnière, celui où le trio cesse de regarder dans le rétroviseur de ses influences pour commencer à tracer sa propre route. On y perçoit les fondations d’un langage musical singulier, fait de puissance, de précision et d’imaginaire, qui s’épanouira pleinement dans les années suivantes.
Avec le recul, ce vol de nuit apparaît comme un jalon essentiel : l’album où Rush apprend à voler de ses propres ailes. Un envol encore hésitant, mais suffisamment assuré pour annoncer une trajectoire hors normes, qui conduira le groupe bien au-delà des frontières canadiennes, jusqu’à s’imposer comme l’un des noms majeurs et les plus respectés de la scène rock internationale.
Fiche Technique :
Enregistrement : Décembre 1974
Studio : Toronto Sound Studios, Toronto (Canada)
Sortie : Février 1975
Durée : 37.50
Genre : Rock
Style : Hard rock, rock progressif
Producteur : Terry Brown, Rush
Ingénieur du son : Terry Brown
Label : Anthem Records (Canada), Mercury Records (États-Unis)
Pochette : Eraldo Carugatti
Musiciens :
Geddy Lee – basse, chant
Alex Lifeson – guitare électrique et acoustique
Neil Peart – batterie, percussions, paroles
Face A :
1. Anthem
2. Best I Can
3. Beneath, Between & Behind
4. By-Thor & The Snow Dog
Face B
1. Fly by Night
2. Making Memories
3. Rivendell
4. In the End
Tous les titres sont écrits et composés par Rush.
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