Ted Nugent - Double Live Gonzo !
Ted Nugent - Double Live Gonzo ! (1978)
Un guitariste à l'état sauvage
Un homme aussi explosif que ses riffs
Personnalité parmi les plus clivantes du rock américain, Ted Nugent cultive la provocation comme une seconde nature.
Ultra-conservateur, chasseur revendiqué, franc-tireur idéologique, il avance sans filtre ni compromis. Pour ses partisans, il incarne un patriotisme rugueux et assumé ; pour ses détracteurs, il reste une figure encombrante, impossible à défendre. Une chose pourtant met tout le monde d'accord : sur scène comme en studio, Ted Nugent est un tueur de riffs. Sa Gibson Byrdland branchée à plein volume a résonné dans de nombreux stades et fait trembler des milliers d'auditoriums, laissant dans son sillage une traînée de décibels bruts, rappelant que le rock, avant d’être un débat, est d’abord une décharge électrique.
Tout commence en tant que guitariste au sein de The Amboy Dukes, groupe formé à Detroit, alors épicentre d’un rock aussi sauvage qu’expérimental. Leur coup d’éclat arrive en 1968 avec Journey to the Center of the Mind, un hymne psychédélique souvent associé à tort au LSD (le groupe niera toujours d'autant plus que Nugent ne boit pas et déteste la drogue). Rapidement, le futur "guitar hero" se sent à l’étroit. Aspirant à un rock plus direct et brutal, il quitte le groupe en 1970 pour fonder un quatuor à son nom, entièrement voué à la scène. Entre 1971 et 1974, Nugent et son groupe enchaînent les concerts sans répit. Soir après soir, souvent en première partie ou sous son propre nom, ils écument les salles, peaufinent leur jeu et se font connaître. Résultat : lorsque le premier album paraît, le public ne découvre pas Ted Nugent, il le redécouvre pleinement rodé et prêt à enflammer les foules. Le titre Stranglehold devient un hymne et la stratégie s'avére payante.
Avant Gonzo, Ted Nugent avait déjà frappé fort avec trois albums studio : Ted Nugent (1975), Free-For-All (1976) et Cat Scratch Fever (1977) chacun plus sauvage et déchaîné que le précédent. En 1978, Double Live Gonzo explose enfin : une tornade de décibels qui traverse les États-Unis, prouvant que sur scène, Nugent n’a pas d’égal.
Si c'est trop fort, c'est que vous êtes trop vieux
Just What the Doctor Ordered ouvre les hostilités comme un éclair qui s'abat soudainement sur la salle. Enregistré à Nashville, capitale de la country, le morceau n'a pourtant pas besoin d'une ordonnance médicale pour exploser dans une version bien plus féroce que son équivalent studio. Hard-rock frontal, tendu, sans détours, le morceau semble chanté par Derek St Holmes même si la pochette reste muette à ce sujet. Un silence révélateur, tant Double Live Gonzo apparaît avant tout comme un manifeste "Nugent". Les photographies ne laissent aucun doute : Ted est seul en pleine lumière. Une mise en avant qui contribuera à crisper St Holmes et le bassiste Rob Grange, tous deux quittant le navire après la tournée (les problèmes de royalties faisant le reste). Seul le batteur Cliff Davies poursuivra l’aventure jusqu’au début des années 80.
Yank Me, Crank Me, unique single extrait de l’album, repose sur un riff immédiatement accrocheur et un boogie poisseux. Rugueux, agressif, le titre capte à merveille la puissance animale du Nugent scénique, arc-bouté sur sa guitare, jouant plus fort, plus vite, plus sauvage que quiconque. Une véritable démonstration d’autorité.
Totalement décomplexé, Gonzo agit comme un manifeste : ici, tout est excès, volume et sueur.
Dans cette logique, Baby, Please Don’t Go, reprise du vétéran Big Joe Williams déjà jouée à l’époque des Amboy Dukes, est littéralement passée à la moulinette par le natif de Detroit. La version est expansive, débridée, portée par un solo apocalyptique qui semble ne jamais vouloir retomber sur terre.
Une intro brutale annonce Great White Buffalo, autre héritage des Amboy Dukes (issu de Tooth, Fang & Claw). Plus narrative, la pièce s’articule autour d’un riff massif et de paroles directement connectées à la nature, thème cher à Nugent, chasseur-guitariste prêchant une forme de mystisisme sauvage à plein volume.
Avec Hibernation, long instrumental expérimental, le groupe lâche complètement la bride. Les structures se dissolvent, laissant place à de longues improvisations et à des solos étirés où Nugent explore chaque recoin de son arsenal sonore, transformant la scène en terrain de chasse électrique.
Stormtroopin’, rugueux et sans concession, semble cette fois clairement chanté par Nugent lui-même, comme pour rappeler au public (et à son groupe) qu’il n’est pas qu’un guitar hero, mais le patron incontesté de l'ouragan sonore.
Stranglehold, pièce maîtresse et signature absolue, déploie son riff inoubliable et ses solos interminables. Même si Nugent n’a jamais été pleinement satisfait de cette version live, le morceau reste une démonstration éclatante de son style : tension constante, rythme implacable et domination totale de sa Gibson.
Wang Dang Sweet Poontang, grand classique provocant et sexuellement chargé, conserve en live toute son insolence. Étendue, survoltée, la version respire la décadence, fidèle à l’esprit rock’n’roll le plus primaire.
Cat Scratch Fever, tube imparable, déclenche immédiatement la reconnaissance du public grâce à son riff assassin et son refrain accrocheur, véritable hymne taillé pour l’arène.
Enfin, Motor City Madhouse clôt l’album dans une fureur totale. Chronique nocturne des excès de Detroit, le titre est livré dans une interprétation live intense, sans concession. Un final brutal, à l’image de l’album .
Finalement dans ce double live, il n'y a rien à redire. Ted Nugent est en pleine possession de son pouvoir scénique, plus prédateur que jamais, il démontre que la scène est finalement son terrain de chasse préféré.
Une approche primaire du rock
Selon Ted Nugent, un live n’est pas une rétrospective fidèle, mais une arme de guerre. À ce titre, il sélectionne ce qui fonctionne le plus violemment face au public, et non ce qui viendrait compléter harmonieusement une discographie. C’est sans doute pour cette raison qu’aucun titre de l’album Free-For-All ne figure sur Double Live Gonzo,
Derek St. Holmes ayant quitté les sessions d’enregistrement pour des raisons internes, Nugent avait dû assurer lui-même les parties vocales. Un disque qu’il perçoit encore comme un accident dont il n’a jamais été pleinement satisfait, une erreur de l’industrie musicale selon lui, même si l’album n’est objectivement pas aussi mauvais qu’il aime à le prétendre. L’absence de ces titres sur le "live" n’est donc ni un oubli ni une maladresse, mais bien un choix délibéré, dicté par l’efficacité scénique, l’ego assumé de Nugent et sa volonté de figer sur disque la version la plus prédatrice de lui-même.
Indéniablement, Double Live Gonzo s’impose comme l’un des grands enregistrements publics des années 70, au même titre que Strangers in the Night de UFO, Live and Dangerous de Thin Lizzy ou Alive! de Kiss.
En effet, l'album déborde d’énergie brute, porté par des versions survitaminées de ses classiques : Stranglehold, Great White Buffalo, Cat Scratch Fever y sont étirées, déformées, poussées jusqu’à leurs limites naturelles. Nugent y règne en maître de cérémonie hyperactif, guitar hero sans filtre, plus proche du chasseur enragé que du rock star policée.
La production, volontairement rugueuse, conserve les imperfections, les cris du public, les solos interminables et les ruptures de rythme abruptes. Rien n’est lissé, rien n’est retenu. Double Live Gonzo sonne comme une nuit de chasse trop longue, trop forte, trop intense et c’est précisément ce qui en fait la force. On n’y cherche ni subtilité ni modernité. Tout simplement un album qui revendique une approche primaire du rock, instinctive, presque animale.
Fiche technique :
Lieu d'enregistrement et dates :
Enregistré lors des tournées américaines de juin & juillet 1976 et juillet, août & novembre 1977 dans plusieurs villes des États‑Unis.
- San Antonio (joe freeman coliseum)
- Dallas (municipal auditorium)
- Springfield (civic center)
- Nashville (municipal auditorium)
- Seattle (seatle center coliseum)
- Abilene (Taylor country coliseum)
Sortie : Janvier 1978 (double LP).
Durée : 84.57
Genre : Rock
Style : Hard rock / rock live énergique
Producteur : Lew Futterman & Tom Werman
Ingénieur du son : Tim Geelan (ingénieur et mixage)
Label : CBS Records / Epic Records
Musiciens :
Ted Nugent – guitare lead, chant principal et chœurs (lead guitar, lead/backing vocals)
Derek St. Holmes – guitare rythmique, chant principal et chœurs
Rob Grange – basse
Cliff Davies – batterie et chœurs
Face A
1. Just What The Doctor Ordered
2. Yank Me, Crank Me
3. Gonzo
4. Baby Please Don’t Go
Face B
1. Great White Buffalo
2. Hibernation
Face 3
1. Stormtroopin’
2. Stranglehold
Face 4.
1. Wang Dang Sweet Poontang
2. Cat Scratch Fever
3. Motor City Madhouse
Tous les titres écrits et composés par Ted Nugent execpté "baby please don't go" reprise de Big Joe Williams
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