Blood, Sweat & Tears - Blood, Sweat & Tears 2
Blood, Sweat & Tears - Blood, Sweat & Tears 2 (1968)
BS&T ou l'histoire d'un chapitre essentiel dans l'histoire de la musique
Un groupe aussi populaire à l’époque que Blood, Sweat & Tears a joué à Woodstock et pourtant presque personne ne s’en souvient.
Vous l’ignorez peut-être, mais Blood, Sweat & Tears fut l’une des têtes d’affiche du mythique Woodstock Festival en 1969.
Si le groupe n’apparaît ni dans le célèbre film Woodstock ni sur la plupart des compilations officielles tirées de l’événement, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas livré une performance marquante. La raison est beaucoup plus pragmatique : les membres du groupe estimèrent que les organisateurs et l’équipe du film n’avaient pas obtenu correctement leur autorisation pour exploiter leur image et leur prestation.
Vexé par la situation, le groupe refusa donc que ses images et son enregistrement soient utilisés dans le film et sur les albums tirés du festival. Résultat : malgré sa présence au sommet de l’affiche et sa popularité de l’époque, Blood, Sweat & Tears reste aujourd’hui l’un des grands absents de la mémoire audiovisuelle de Woodstock.
Bonne ou mauvaise initiative ? La question reste ouverte, mais ce choix aura sans doute privé le groupe d’une vitrine historique qui a contribué à immortaliser bien d’autres artistes du week-end.
Fondé en 1967 à New York par Al Kooper, véritable visionnaire musical déjà connu pour ses collaborations avec Bob Dylan et Mike Bloomfield au sein de The Blues Project,
Kooper veut créer un groupe qui mélange rock, jazz et musique soul, avec une section de cuivres importante, une idée assez nouvelle dans le rock à l’époque.
Il recrute plusieurs musiciens dont le guitariste Steve Katz, le batteur Bobby Colomby et le bassiste Jim Fielder. Le groupe adopte une formation large inspirée des big bands de jazz.
Le premier album sort en 1968 et est largement dirigé par Kooper.
L’album est très innovant mais reste relativement expérimental et ne rencontre qu’un succès commercial modéré.
Peu après sa sortie, des tensions internes apparaissent et Al Kooper, bien que fondateur du groupe est écarté.
BS&T recrute alors le chanteur canadien David Clayton-Thomas, dont la voix puissante, influencée par la soul, transforme le style de BS&T. Cette nouvelle formation enregistre le second album soul-pop, tout en conservant les cuivres. Il devient un énorme succès avec
plusieurs tubes dont Spinning Wheel et You've Made Me So Very Happy.
L'album sera n°1 aux États-Unis et remportera le Grammy de l’Album de l’année en 1970.
L’album s’ouvre de manière inattendue avec Variations on a Theme by Erik Satie (1st and 2nd Movements), une pièce inspirée du compositeur français Erik Satie (1866-1925). Le groupe y revisite l’une des célèbres Gymnopédies, transformant ce thème minimaliste en une étonnante passerelle entre musique classique et jazz-rock.
Cette ouverture illustre parfaitement l’éclectisme de Blood, Sweat & Tears à la fin des années 1960. Une audace qui doit beaucoup au parcours de plusieurs membres du groupe, dont certains ont reçu une formation musicale solide, parfois dans des écoles ou des conservatoires. Cette culture musicale se retrouve dans la richesse des arrangements de cuivres et dans l’empreinte jazz qui traverse tout l’album, comme dans Smiling Phases où le groupe s’aventure sur un terrain plus expérimental, mêlant cuivres nerveux et structures inspirées du jazz-fusion. La pièce suivante contraste par son intimité : Sometimes in Winter, l’une des ballades les plus délicates de l’album. Écrite par Steve Katz et Jim Fielder et interprétée par Katz lui-même, la chanson se distingue par sa douceur mélancolique. Portée par une guitare acoustique et des arrangements d’une grande sobriété, elle esquisse avec nostalgie le souvenir d’un amour révolu, sur fond d’hiver new-yorkais.
Le ton change avec And When I Die, composition étonnamment lumineuse où la mort est envisagée non comme une fin tragique, mais comme une étape naturelle du cycle de la vie. Dans un registre plus bluesy, le groupe s’attaque ensuite à God Bless the Child, reprise du classique de Billie Holiday, sublimée ici par la voix puissante mais maîtrisée de David Clayton-Thomas.
La seconde face de l’album aligne enfin deux des plus grands succès du groupe : Spinning Wheel, porté par un groove soul-jazz irrésistiblement accrocheur, et You’ve Made Me So Very Happy, reprise du titre de Brenda Holloway qui deviendra à son tour un tube incontournable.
Pour le public rock de l’époque, habitué à des groupes plus spontanés et roots comme The Doors ou Jimi Hendrix, l'approche musicale de BS&T pouvait paraître trop cérébrale. Leur musique ne se contente pas de riffs ou de solos : tout est arrangé et réfléchi, ce qui montre une grande mélomanie. Certains journalistes rock des années 60 et 70 les voyaient comme un groupe
trop savants pour le rock, presque académiques, manquant de spontanéité ou d’émotion brute. Un groupe de studio plus que de scène bien qu’ils aient eu d’excellentes performances live.
Certes, dans la musique de Blood, Sweat & Tears, vous ne trouverez ni riffs de guitare incendiaires ni solos interminables. Mais ce serait une erreur de croire que l’intensité y est absente. Très vite, on comprend que le groupe est composé de véritables mélomanes, dont plusieurs sont passés par de prestigieuses écoles de musique. Les musiques afro-américaines y est abordée avec une virtuosité rare pour une formation comptant autant de musiciens.
Le groupe a été fondé par Al Kooper, mais l’arrivée du chanteur canadien David Clayton-Thomas sur ce deuxième album va insuffler une énergie nouvelle. Sa voix puissante et rugueuse donne au groupe l’élan dont il avait besoin pour véritablement déployer ses ailes et s’envoler vers le succès.
Un peu plus de deux années auparavant, pourtant, tout commençait à peine. Le groupe venait de se former et écumait les clubs de Greenwich Village, dans un New York City bien différent de celui d’aujourd’hui. La ville était plus rugueuse, plus bruyante aussi : taxis jaunes filant dans les avenues, sirènes de police qui déchirent la nuit, néons des bars ouverts jusqu’à l’aube. C’est dans cette atmosphère électrique que la musique de Blood, Sweat & Tears a commencé à prendre forme.
Paru en 1968, Blood, Sweat & Tears (album), souvent appelé Blood, Sweat & Tears 2 reste l’un des disques les plus audacieux de la fin des années 60. À l’époque, son mélange de jazz, de rock, de soul, de blues et même de musique classique a quelque chose de profondément révolutionnaire. Peu de groupes avaient osé réunir autant d’influences dans un même album, et encore moins avec une telle maîtrise.
Le succès fut immense. Pourtant, avec les années, ce disque est peu à peu sorti des radars. Une injustice, tant il demeure une œuvre fascinante, un album pionnier qui mérite largement d’être redécouvert par tous ceux qui auraient manqué ce chapitre essentiel de l’histoire de la musique.
Fiche technique :
Enregistrement : Du 7 au 22 octobre 1968
Studio : Columbia 30th Street Studio, New York (États-Unis)
Sortie : 11 décembre 1968
Durée : 41:12
Genre : Jazz-rock / Rock
Style : Fusion novatrice mêlant section de cuivres, rock, soul et jazz
Producteur : James William Guercio
Musiciens
David Clayton-Thomas – Chant
Steve Katz – Guitare, harmonica, chant
Bobby Colomby – Batterie, percussions
Jim Fielder – Basse
Dick Halligan – Orgue, piano, flûte, trombone
Fred Lipsius – Saxophone alto, piano
Lew Soloff – Trompette
Chuck Winfield – Trompette
Jerry Hyman – Trombone
Face A :
1. Variations on a Theme by Erik Satie - 1er et 2e mouvements (Eric Satie, arr. Halligan)
2. Smiling Phases (Steve Winwood, Jim Capaldi, Chris Wood)
3. Sometimes in Winter (Steeve Katz)
4. More and More (Vee Pee Smith, Don Juan Mancha)
5. And When I Die (Laura Nyro)
6. God Bless the Child (Billie Holiday, Arthur Herzog Jr)
Face B :
1. Spinning Wheel (David Clayton-Thomas)
2. You've Made Me So Very Happy (Berry Gordy Jr, Brenda Holloway, Patrice Holloway, Franck Wilson)
3. Blues – Part II (B,S & T)
4. Variations on a Theme by Erik Satie - 1er mouvement (Eric Satie, arr. Halligan)
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