Alice Cooper - Killer

Alice Cooper - Killer (1971)
Killer ou l'histoire d'un album ennemi du politiquement correct


Un enregistrement pensé pour la scène

Killer, quatrième album d'Alice Cooper, paraît en 1971 avec une ambition claire : être pensé pour la scène. À l’époque, l’industrie du disque impose à ses artistes un rythme infernal. À peine les sessions d’enregistrement terminées, les groupes reprennent la route. Les tournées s’enchaînent et, entre deux concerts, les musiciens écrivent déjà de nouveaux morceaux, prêts à retourner en studio une fois les kilomètres à peine digérés.
Dans cette valse permanente, l’alcool et les drogues circulent abondamment au sein du groupe (même si la véritable descente aux enfers de Cooper n’interviendra que quelques années plus tard). Cette atmosphère n’est pas sans conséquence sur l’enregistrement. L’épisode du solo de Under My Wheels en est l’illustration la plus frappante. Le producteur Bob Ezrin exige alors une précision de jeu quasi militaire. Un défi presque impossible pour le guitariste Glen Buxton à qui incombait normalement cette tâche mais dont la consommation d’alcool excessive rendait le jeu trop approximatif pour satisfaire les exigences du studio. De ce fait, Michael Bruce qui faisait partie du groupe (surtout pour les tournées) fut désigné pour accomplir le solo.
Mais c'est avec Bob Ezrin qu'Alice Cooper apprend à travailler et à écrire de bonnes chansons.
Parallèlement, Cooper développe sur scène des ambiances théâtrales qu'il met en scène avec une réalité bluffante. Exécution par pendaison et guillotine en action (rappelons les origines françaises de Cooper dont le vrai nom est Vincent Furnier) sont d'un réalisme tel que de nombreuses plaintes furent déposées par des associations religieuses et des groupes de parents dans les villes où le groupe se produisait.

Du Shock Rock, oui mais pas que...

Mais Alice Cooper, ce n’est pas seulement du théâtre ou ce que l’on appellera plus tard du Shock Rock. Killer est un album sombre, théâtral et provocant, où Cooper mêle hard rock, humour noir et mise en scène macabre à l’image du bruit de la chaise électrique qui conclut le titre éponyme. L’album est porté par des classiques comme School’s Out et Under My Wheels. Cette dernière, écrite en une nuit, ouvre la face A et fut conçue pour lancer les concerts de leur future tournée. Un rock simple mais efficace, basé sur des accords de boogie classiques, qui parle de liberté et de domination.
Be My Lover, tout aussi dépouillé dans sa composition, repose sur une rythmique accrocheuse et directe. Halo of Flies, titre de plus de huit minutes, se distingue par sa structure complexe et son atmosphère sombre, flirtant avec le rock progressif. L’usage du Mellotron y est déterminant pour installer une ambiance inquiétante. Guitares angoissantes, effets sonores, suspense digne d’un thriller ou d’un film d’espionnage. Probablement le morceau le plus ambitieux de l’album, il démontre que Cooper sait jongler entre rock brut et pièces sophistiquées.
Desperado, ballade dramatique, raconte l’histoire d’un hors-la-loi solitaire et condamné, et a souvent été interprétée comme un hommage à Jim Morrison disparu la même année. Plus accessibles et directes, You Drive Me Nervous et Yeah, Yeah, Yeah ouvrent la face B, mais ne touchent pas le même niveau d’intensité.
Dead Baby, au titre volontairement choquant, se révèle être pourtant une dénonciation des enfants maltraités. Minimaliste en studio, la chanson devient une pièce de bravoure sur scène, où des centaines de poupées sont décapitées, accentuant l’impact visuel et macabre du spectacle.
Enfin, Killer, morceau le plus sombre et dramatique de l’album éponyme, déploie un thème presque cinématographique. Les guitares, agressives mais orchestrées, créent une atmosphère oppressante, tandis que la voix d'Alice Cooper joue sur le contraste entre calme, folie, peur et fascination de la mort. Le morceau évite la structure pop classique couplet-refrain et se déploie comme une mini pièce de théâtre musicale, avec variations de tempo et de dynamique qui font monter le suspense et l'angoisse. Pas le titre le plus iconique de l’album, mais certainement l’un des plus fascinants à mes yeux.

Un python nommé Kachina

Le visuel de l’album claque dès le premier regard. Le python de Cooper nommé Kachina (dont lui-même avait peur) surgit en gros plan sur un rouge incandescent, hypnotique et inquiétant. Le nom du groupe et le titre sont griffonnés par le bassiste Dennis Dunaway, droitier de nature qui a choisi sa main gauche pour écrire, cherchant à capturer le chaos d’une main démente. Une touche de folie qui annonce dès la pochette le ton électrique et déjanté de l'album.
À l’orée des années 70, alors que l’Amérique se remet encore des secousses du flower power et que les municipalités puritaines se plaisent à encadrer la jeunesse avec des lois morales et strictes, Alice Cooper frappe fort. Killer, le quatrième album du groupe, n’est pas simplement un disque mais un étendard, un pied de nez grinçant aux bonnes manières d’une Amérique encore corsetée par sa propre décence.
Killer est le triomphe théâtral d'Alice Cooper. Un miroir flamboyant qui ridiculise l'Amérique puritaine des années 70.
Entre provocation et art, l’album transforme le chaos adolescent en spectacle rock inoubliable et fort heureusement, l'album lui perdure à tout jamais au milieu des grands classiques qui nous ont été offerts par les seventies.
Killer, c'est l'histoire d'un album qui fut l'ennemi du politiquement correct.
Amen !


Fiche technique :

Enregistrement : 1971
Studio : Record Plant, New York - Ter Mar Studio, Chicago
Sortie : 13 novembre 1971
Durée : 38:43
Genre : Rock / Hard Rock
Style : Glam Rock, Shock Rock
Producteur : Bob Ezrin

Musiciens

Alice Cooper – chant
Michael Bruce – guitare
Glen Buxton – guitare
Dennis Dunaway – basse
Neal Smith – batterie

Face A :

1. Under My Wheels
2. Be My Lover
3. Halo of Flies
4. Desperado

Face B :

1. You Drive Me Nervous
2. Yeah, Yeah, Yeah
3. Dead Babies
4. Killer 

Tous les titres écrits et composés par Alice Cooper et les membres du groupe ainsi que Bob Ezrin sur certains morceaux.

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