Black Sabbath - Never Say Die!
Black Sabbath – Never Say Die! (1978)
Un géant à bout de souffle
Never Say Die! n’est pas un album facile ni même totalement cohérent. C’est pourtant ce qui en fait tout l’intérêt. Il capture un moment charnière, celui où Black Sabbath tente de se réinventer alors même que ses fondations commencent à se fissurer.
À la fin des années 1970, le groupe traverse une crise profonde. Les tensions internes sont palpables, notamment entre Ozzy Osbourne et le reste du groupe, en particulier Tony Iommi. Ozzy quitte brièvement le navire durant l’écriture, remplacé un temps par Dave Walker, avant de revenir in extremis pour enregistrer l’album. Mais le mal est déjà fait : l’atmosphère est délétère, chacun semble tirer dans une direction différente.
Sorti en 1978, Never Say Die! marque la fin d’une époque : il s’agit du dernier album studio du groupe avec Ozzy Osbourne avant son départ (provisoire) de la formation. Loin des monuments sombres et massifs comme Paranoid ou Master of Reality, l’album explore des territoires plus variés : incursions jazz et funk, structures plus progressives, utilisation inhabituelle de claviers et même de cuivres.
L’enregistrement, mené à Toronto dans une ambiance tendue et désorganisée, reflète cet éclatement artistique. La consommation de drogues, omniprésente, nuit à la cohésion du processus créatif. Tony Iommi prend progressivement le contrôle artistique, accentuant encore les fractures. De son côté, Ozzy Osbourne se montre peu impliqué dans l’écriture. Il enregistre souvent ses parties vocales rapidement, sans réel investissement, avant de quitter le studio (parfois pendant plusieurs jours). Il reconnaîtra lui-même plus tard ne pas apprécier l’album.
À sa sortie, Never Say Die! divise. Beaucoup de fans sont déroutés par ce virage stylistique, tandis que d’autres saluent une tentative d’évolution audacieuse. Une chose est sûre : l’album, souvent sous-estimé, mérite plusieurs écoutes pour en révéler les subtilités.
Un album qui manque de cohésion mais....
Musicalement, le disque oscille en permanence entre éclairs d’inspiration et manque de cohésion. Des titres comme Never Say Die! ou Shock Wave affichent une énergie presque optimiste, une rareté chez Sabbath. Accrocheurs, portés par des riffs efficaces, ils s’éloignent néanmoins des standards lourds et oppressants des débuts.
Junior’s Eyes s’impose comme l’un des moments les plus marquants de l’album. Ozzy y livre une interprétation habitée, souvent perçue comme un hommage à son père récemment disparu. Le morceau déploie une atmosphère lourde, mélancolique et introspective, portée par un groove particulièrement marquant.
Avec Johnny Blade, le groupe renoue avec une veine plus sombre et narrative. Le morceau raconte la dérive d’un personnage instable dans un décor urbain violent, soutenu par un synthétiseur discret et une tension constante. A Hard Road, plus mélodique et accessible, révèle quant à lui une volonté d’ouverture vers un registre moins sombre, notamment à travers un refrain immédiatement mémorisable.
Enfin, Air Dance demeure sans doute le titre le plus atypique de l’album : piano jazzy, ruptures de rythme, ambiance presque progressive. Une expérimentation audacieuse qui, à l’époque, déstabilise une partie du public.
Comme un géant posant un genou à terre
Au final, Never Say Die! apparaît comme un album instable, incohérent, parfois déroutant (presque bizarre oserait-on dire). Ni totalement loupé, ni véritablement abouti, il cherche sa stabilité entre fulgurances et maladresses. Peu de morceaux s’avèrent pleinement satisfaisants de bout en bout et c’est indéniablement là son principal défaut.
Mais derrière ce déséquilibre se dessine aussi un constat : Black Sabbath, bien que vacillant, n’est jamais très loin de retrouver sa grandeur. Comme un géant posant un genou à terre, encore capable, par instants, de rappeler pourquoi il a marqué l’histoire du rock.
Il faudra attendre le début des années 80 avec l'arrivée de Ronnie James Dio en remplacement de Osbourne pour que le plus grand groupe de métal de tous les temps rennaisse de ses cendres.
Fiche technique :
Enregistrement : 1978
Studio : Sounds Interchange Studios, Toronto
Sortie : 28 septembre 1978
Durée : 39:26
Genre : Rock / Heavy Metal
Style : Hard rock, heavy metal, touches progressives
Producteur : Black Sabbath
Ingénieur du son : Dave Harris
Musiciens
Ozzy Osbourne – chant
Tony Iommi – guitare
Geezer Butler – basse
Bill Ward – batterie, chant sur “Swinging the Chain”
Face A
1. Never Say Die (Iommi, Butler, Osbourne, Ward)
2. Johnny Blade (Iommi, Butler, Osbourne, Ward)
3. Junior’s Eyes (Iommi, Butler, Osbourne, Ward)
4. A Hard Road (Iommi, Butler, Osbourne, Ward)
Face B
1. Shock Wave (Iommi, Butler, Osbourne, Ward)
2. Air Dance (Iommi, Butler, Osbourne, Ward)
3. Over to You (Iommi, Butler, Osbourne, Ward)
4. Breakout (Iommi, Butler, Osbourne, Ward)
5. Swinging the Chain (Iommi, Butler, Ward)
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