Out Of Focus - Out Of Focus

Out Of Focus - Out Of Focus (1971)
Un groupe éphémère mais un album éternel


Le groupe Out of Focus s’inscrit pleinement dans cette effervescence allemande du début des années 70, trop vite rangée sous l’étiquette commode de krautrock. Une appellation pratique, certes, mais réductrice tant leur musique déborde de ce cadre. Leur son respire une époque où les frontières volent en éclats, où le rock se nourrit de tout ce qu’il touche.
Sans forcément marquer durablement les esprits avec un premier essai encore en rodage, les munichois avaient néanmoins posé des fondations solides : un alliage audacieux de krautrock et de jazz, déjà étonnamment maîtrisé, et surtout porteur de promesses. Un an plus tard, le groupe revient avec ce deuxième album éponyme, attendu au tournant. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de confirmer, mais de franchir un cap.
Souvent considéré comme leur œuvre la plus aboutie (ou du moins celle où leur identité prend réellement forme), l’album s’inscrit dans une galaxie proche de Embryo ou Soft Machine. Même goût pour les longues dérives instrumentales, même appétence pour les structures éclatées et les expérimentations tous azimuts : rock psychédélique, jazz omniprésent (notamment dans l’improvisation , effluves progressives et même quelques touches folk).
Ce qui frappe d’emblée, c’est cette liberté presque insolente : une improvisation aux allures de jam jazz, parfois chaotique, souvent imprévisible, mais toujours habitée. L’ensemble peut sembler désorganisé, mais il vibre, il respire. Une matière vivante, profondément ancrée dans son époque, quelque part entre utopie, recherche sonore et soif d’émancipation.

Une musique qui se déploie sans contrainte

Sur ce deuxième album, Out of Focus atteint vraiment sa pleine mesure morceau par morceau, surtout dès qu’il s’aventure dans des formats longs où la musique peut se déployer sans contrainte.
Cela commence par What Can a Poor Boy Do et son énergie presque trompeuse : le morceau démarre sur une base encore assez rock, (influence premièr album de Santana par sa rythmique), mais très vite, le groupe fissure la structure. Le saxophone s’impose progressivement, les lignes se délient, et le titre glisse vers quelque chose de plus libre.
It’s Your Life pousse encore plus loin cette logique. Plus étiré, plus aventureux, il s’installe dans une progression lente où chaque instrument trouve sa place par accumulation.
Mais c’est avec Wispering que l’album atteint son sommet. Ici, Out of Focus lâche totalement prise. Le morceau fonctionne comme une longue dérive, presque hypnotique, où les motifs se répètent, se transforment, disparaissent puis réapparaissent sous une autre forme. Les montées sont organiques, jamais forcées, et certaines séquences frôlent la transe. Le groupe joue sur les textures plus que sur les thèmes, créant une sensation d’espace et de mouvement permanente comme le solo de guitare de Drechsler évoquant le jeu de Jimy Hendrix (une guitare assez libre, parfois saturée, avec un côté expérimental).
Enfin, Fly Bird Fly / Television Program montre une autre facette du groupe. Plus fragmenté, presque expérimental dans sa construction, le morceau enchaîne les idées avec une liberté totale. On passe d’ambiances aériennes à des passages plus nerveux, avec des ruptures parfois abruptes. C’est moins fluide, mais fascinant dans cette manière de refuser toute linéarité.

Une scène musicale allemande en pleine mutation 

Au fond, cet album de Out of Focus capture un moment très particulier de l’histoire musicale allemande : celui d’une jeunesse qui cherche à rompre, à inventer, à s’émanciper des modèles anglo-saxons sans jamais les renier totalement. On y entend une scène en pleine mutation, encore instable, mais bouillonnante d’idées.
Là où certains groupes vont structurer le krautrock autour d’identités fortes, Out of Focus reste dans l’entre-deux, dans le mouvement perpétuel. Et c’est précisément ce qui fait la singularité de ce disque : une œuvre imparfaite mais vivante, libre, profondément ancrée dans cette Allemagne du début des années 70, où la musique devient un terrain d’expérimentation autant qu’un espace de liberté.


Fiche technique :

Enregistrement : 7 – 11 juin 1971
Studio : Bavaria Studio, Munich, Allemagne 
Sortie : 1971 
Durée : 49:12
Genre : Rock / Krautrock
Style : Jazz‑Rock, Prog Rock
Producteur : Out of Focus 
Ingénieur du son : Hans Endrulat 

Musiciens

Remigius Drechsler – guitare, stylophone, saxophone, flûtes, chœurs 
Hennes Hering – orgue, piano
Moran Neumüller – soprano saxophone, chant
Klaus Spöri – batterie, percussions
Stephen Wisheu – basse 


Face A

1. What Can a Poor Boy Do (But to Be a Streetfighting Man) 
2. It’s Your Life
3. Whispering 

Face B 

1. Blue Sunday Morning
2. Fly Bird Fly /Television Program 




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