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Affichage des articles du octobre, 2025

Yes - Close to the Edge

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Yes - Close to the Edge (1972) Aux sommets du rock progressif  Bill Bruford, batteur érudit et perfectionniste, comparait l’enregistrement de Close to the Edge  à l’ascension du mont Everest. Une épreuve de haute altitude, harassante, presque spirituelle. Travailler avec les autres membres de YES relevait alors du marathon créatif. Il parlera plus tard d’un processus tortueux, étouffant, où la quête de perfection finissait par tuer la spontanéité. Insatisfait par la direction musicale du groupe (trop diatonique, trop verrouillée à son goût), Bruford quittera le navire à la fin de l’enregistrement pour rejoindre KING CRIMSONS, là où l’improvisation et la liberté jazzy pouvaient enfin respirer. Fragile (1971), l’album précédent, oscillait entre classicisme, jazz et folk, une élégante mosaïque. Mais Close to the Edge pousse cette ambition à son paroxysme. Les compositions gagnent en organicité, les transitions en fluidité, et l’ensemble, malgré les tensions internes, atteint un...

Uriah Heep - Demons and Wizards

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Uriah Heep - Demons and Wizards (1972)  De l'ombre à la lumière  Sans atteindre l’audace de Paranoid  (1970) de BLACK SABBATH ni la virtuosité flamboyante de Machine Head (1972) de DEEP PURPLE, Demons and Wizards (1972), quatrième album du groupe londonien URIAH HEEP, s’est imposé comme une pièce incontournable du hard rock de ce début de décennie. Entre envolées symphoniques et touches de folk, l’album déploie une identité singulière à l’image de l’ouverture acoustique de The Wizard , qui donne le ton dès la première face. Avant même d’écouter les premières notes, la pochette culte contribue à l’aura mythique de cette pièce maîtresse des années 70. Signée par l’illustrateur britannique Roger Dean, elle déploie un univers à la fois onirique et féerique, où une silhouette divine (magicien ou druide) surgit d’une cascade illuminée par un ciel bleu nuit étincelant d'étoiles. Une imagerie qui s’accorde parfaitement avec l’atmosphère musicale de l’opus. À ce...

The Deadly Ones - It's monster surfing time

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The Deadly Ones  - It's monster surfing time (1964) Dracula est un bon surfer ! Comment écrire sur un album qui soixante ans plus tard reste aussi mystérieux qu’un film de série B mal doublé ? Le groupe, THE DEADLY ONES demeure une énigme : musiciens anonymes, origine incertaine, seules certitudes, ils venaient bien de quelque part aux États-Unis (merci Sherlock). Et pourtant, derrière cette aura fantomatique se cache un disque culte : It’s Monster Surfing Time , sorti en 1964 chez Vee-Jay Records (le même label qui un ans plus tôt avait acquis les droits de publier certains singles des BEATLES aux US). La pochette déjà a tout d’une affiche de drive-in : couleurs criardes, monstres improbables, promesse de frissons bon marché. Quant à la musique, c’est un surf-rock déjanté : guitare twang, orgue kitsch, percussions sèches et une avalanche d’effets sonores (cris, grognements, hurlements). L’album dure à peine 25 minutes avec une face B plus "rock" que "sur...

Black Sabbath - Black Sabbath

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Black Sabbath - Black Sabbath (1970) Diabolus in musica " La pluie tombe encore, les voiles des ténèbres enveloppent les arbres noircis, qui, tordus par une violence invisible, perdent leurs feuilles fatiguées et plient leurs branches vers une terre grise jonchée d’ailes d’oiseaux tranchées.  Parmi les herbes, les coquelicots saignent avant une mort gesticulante, et de jeunes lapins, nés morts dans des pièges, demeurent immobiles, comme s’ils gardaient le silence qui entoure et menace d’engloutir tous ceux qui voudraient écouter. Les oiseaux muets, las de répéter les terreurs d’hier, se blottissent ensemble dans les recoins sombres, les têtes détournées des morts, cygnes noirs flottant, retournés, dans une petite mare au creux du vallon. De cette mare s’élève une légère brume sensuelle, qui s’élance doucement vers le haut pour caresser les pieds ébréchés de la s...

Herbie Hancock - Inventions & Dimensions

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Herbie Hancock – Inventions & Dimensions (1964)  L'expérimentation en majesté Inventions & Dimensions n’est sans doute pas l’album le plus populaire d’Herbie Hancock sur le label Blue Note, mais il demeure l’un de ses plus avant-gardistes. Enregistré le 30 août 1963 au mythique Van Gelder Studio, ce troisième disque en tant que leader témoigne déjà de la volonté du pianiste alors âgé de 23 ans  d’explorer les frontières du jazz. Une démarche qui traversera toute son impressionnante carrière, s’étendant sur plus de soixante ans sans jamais céder à la facilité. En se penchant sur la pochette, le ton est donné : on y voit un jeune Herbie Hancock, bras croisés, campé au milieu d’une rue new-yorkaise déserte (East 41st Street), photographié par Francis Wolff puis mis en valeur par le graphiste Reid Miles. Retouchée dans un ton jaune sépia, l’image évoque une atmosphère futuriste : le musicien semble surgir d’une cité vidée de ses habitants, tel un survivant solitaire. Une ...

Art Blakey & the Jazz Messengers - Moanin'

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Art Blakey and the Jazz Messenger -  Moanin' (1958)  Un tournant dans l'histoire du jazz Moanin ’ est un album phare de l’ère hard bop. Indéniablement, c’est aussi une pièce maîtresse de l’histoire du jazz. Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas du premier enregistrement d’ART BLAKEY pour Blue Note Records (le batteur avait déjà gravé plusieurs disques pour le label), mais ce disque marque bel et bien un nouveau départ dans sa carrière, autant qu’un retour aux sources. Enregistré le 30 octobre 1958 à Hackensack (New Jersey) dans le studio de Rudy Van Gelder, aménagé depuis 1949 dans le salon de ses parents avant l’ouverture de son célèbre studio d’Englewood Cliffs en 1959, l’album paraissait initialement sous le simple titre Art Blakey & the Jazz Messengers . Le succès immédiat du morceau d’ouverture, Moanin’ , fit que le disque fut rapidement connu sous ce nom. Il faudra toutefois attendre 1966 pour que Blue Note fasse apparaître officiellement ce...

Arzachel - Arzachel

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Arzachel - Arzachel (1969) Arzachel ou l'odyssée cosmique d'un météore sonore. À sa sortie en 1969, l’unique album d’ARZACHEL ne se vendit qu’à quatorze exemplaires. Un échec commercial retentissant qui contraste fortement avec la valeur actuelle de l’édition originale, estimée aujourd’hui à près de 2000 euros sur le marché des collectionneurs. Le groupe, actif seulement entre 1968 et 1969, connut plusieurs noms avant d’adopter celui d’ARZACHEL (le temps d'une courte session d'enregistrement) pour ce disque singulier. Initialement baptisé brièvement URIEL, puis EGG, le quatuor londonien choisit finalement ARZACHEL, en référence à un cratère lunaire, clin d’œil à l’imagerie spatiale et psychédélique qui imprégnait la scène musicale de la fin des années 1960. Composé de quatre étudiants de la City of London School, le groupe explorait un rock teinté d’expérimentations psychédéliques, mélangeant improvisation, textures sonores audacieuses et atmosphères planant...

Blue Oyster Cult - Blue Oyster Cult

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Blue Öyster Cult – Blue Öyster Cult (1972) Naissance d’un alien musical 1972. Après la fin d'une décennie marquée par l’essor des groupes psychédéliques américains (de GRATEFUL DEAD à JEFFERSON AIRPLANE), une nouvelle vague débarque d’outre-Atlantique. Portés par LED ZEPPELIN, BLACK SABBATH, DEEP PURPLE et consorts, les Britanniques imposent leurs riffs massifs et abrasifs, redessinant le paysage sonore américain et annonçant une ère musicale plus sombre et électrique. Dans ce contexte, un OVNI longiligne vient d’atterrir à Long Island (état de New York). Un quintette à 3 guitares électriques, prêt à secouer le hard rock américain avec sa Gibson Lespaul en guise de vaisseau spatial. Face à la horde de barbares anglais, le pays de l’oncle Sam montre qu’il n’a rien à envier sur le terrain musical. Le nom "Blue Öyster Cult" peut prêter à sourire (littéralement "le culte de l’huître bleue"), mais c’est bien leur musique qui impose son autorité à grands c...

Bruce Springsteen - Darkness on the edge of town

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Bruce Springsteen - Darkness on  the edge of town (1978) De la fuite à la dignité ! Avec Darkness on the Edge of Town , BRUCE SPRINGSTEEN franchit un cap décisif : celui de la maturité artistique. Plus qu’une évolution musicale, c’est la profondeur de ses textes qui frappe. Là où Born to Run exaltait l’élan vital et l’insouciance fougueuse de la jeunesse, son quatrième album s’ancre dans une vision plus sombre, plus lucide. On n’y cherche plus à fuir son destin, mais à l’affronter de face, avec dignité, en trouvant refuge dans la famille, le travail et l’amour. C’est le disque du courage, de la vérité, qui délaisse les utopies pour embrasser la dureté du réel : celui d’un homme marqué par la perte, héritier de figures paternelles disparues après une vie de labeur. Darkness on the Edge of Town est traversé par la condition ouvrière, ses désillusions, sa rage contenue, mais aussi par une ténacité sans faille et la foi obstinée en un avenir, même fragile. Le rêve américa...

The Doors - Morrison Hotel

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The Doors - Morrison Hotel (1970) Le blues de la rédemption  Cet après-midi-là, le soleil peine à réchauffer les rues de Los Angeles. Dans un souffle discret, le vent soulève quelques papiers abandonnés sur les trottoirs d’un quartier populaire nommé South Park. Ray Manzarek et son épouse ont repéré un décor idéal pour la pochette du nouvel album que le groupe termine en studio. Avec le photographe Henry Diltz, les DOORS se dirigent vers le Morrison Hotel (sans lien avec leur chanteur). Sur place, le personnel refuse que des photos soient prises dans l'établissement. Qu’à cela ne tienne : le cliché qui fera la couverture de l’album sera prise en douce, à l’insu du propriétaire. L’image de la pochette intérieur, en revanche montre les quatre musiciens affalés au comptoir, mais pas celui du Morrison Hotel. Il s’agit du Hard Rock Café (l'enseigne internationalle n'existait pas encore), un bar de quartier situé à quelques rues de là où les membres du groupe avaient ...

Caravan - In the land of grey and pink

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Caravan - In the land of grey and pink (1971) Retour à l'école de Canterbury Avant d’aborder cet album, il faut d’abord poser le décor. L’école de Canterbury : courant musical née à la fin des années 60 dans la ville de Canterbury, place étudiante, dynamique et culturelle nichée dans le comté du Kent au sud-est de l'Angleterre d'où on émergés des groupes tel que SOFT MACHINE, GONG et CARAVAN). Imaginez un style où s’entrelacent un jazz distingué et un rock progressif amateur de labyrinthes harmoniques, le tout saupoudrés de récits psychédéliques. Des histoires où des géants tout droit sortis du moyen-âge croisent des lapins zébrés sautillant dans des champs de fraises colossales. Et tout ça interprété par des musiciens virtuoses qui jonglent avec des riffs complexes, des rythmes imprévisibles et une bonne dose d’humour dans leurs paroles. In the Land of Grey and Pink , troisième album du groupe CARAVAN, se distingue notamment par sa face B occupée dans son inté...

Vanilla Fudge - Vanilla Fudge

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Vanilla Fudge - Vanilla Fudge (1967) Vanilla Fudge ou l'héritage psychédélique  En ce printemps 1967, Central Park se pare de fleurs éclatantes après un hiver long et rigoureux, dont la neige venait à peine de fondre sur les toits new-yorkais. À quelques kilomètres de là, à Uniondale sur Long Island, un jeune groupe nommé THE PIGEON se prépare à entrer en studio pour enregistrer son tout premier album. Mais à la demande de la maison de disques, le nom du groupe doit changer. C’est ainsi que naît VANILLA FUDGE. New York bouillonne alors musicalement. La ville vit une période de grande effervescence culturelle : le mouvement beatnik s’éteint tandis que la contre-culture hippie prend son envol. On y écoute du rock psychédélique, de la folk engagée, de la soul, du jazz avant-gardiste et du rock expérimental. Des groupes comme les BEATLES, les WHO ou CREAM, fraîchement débarqués aux États-Unis, influencent profondément la scène locale, tandis que la musique noire résonne sur...

The Allman Brothers band - The Allman Brothers band

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The Allman Brothers band - The Allman Brothers band (1969) Le blues par les cornes Avant de fonder THE ALLMAN BROTHERS BAND, Duane et Gregg Allman avaient déjà derrière eux une solide expérience de musiciens de route. Tous deux nés à Nashville, ils grandissent à Jacksonville, en Floride, marqués à jamais par une tragédie : la mort de leur père, militaire de carrière, abattu dans des circonstances troubles à Norfolk, en Virginie. Gregg confiera plus tard : “Je n’ai aucun souvenir vivant de mon père, seulement des photos et ce que ma mère m’en a raconté. Mais sa mort a laissé un vide qui n’a jamais vraiment disparu.” Ce drame scelle entre les deux frères un lien indestructible, aussi fort que leur attachement viscéral à la musique. Après plusieurs déménagements à la recherche d’une stabilité financière, leur mère finit par les envoyer dans un internat militaire à Nashville. C’est là, entre discipline et nostalgie, qu’ils commencent à gratter ensemble la guitare, un duo à la d...

Wayne Shorter - Juju

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   Whayne Shorter - Juju (1965) L'affranchissement d'un disciple  Nous sommes en 1964. Le jazz modal est à son apogée. Né à la fin des années 1950, ce courant privilégie l’utilisation de gammes plutôt que d’accords, offrant aux musiciens une liberté nouvelle dans l’art de l’improvisation. Cette approche, parfois teintée de sonorités orientales, tropicales ou blues, doit beaucoup à MILES DAVIS et JOHN COLTRANE. Si tous deux en furent des figures majeures, l’honneur revient surtout à Davis avec son chef-d’œuvre intemporel Kind of Blue (1959). Dans son sillage, des musiciens comme HERBIE HANCOCK ou WAYNE SHORTER s’imposent progressivement. Leur point commun ? Tous ont travaillé aux côtés de Miles. Enregistré le 3 août 1964 au studio Van Gelder, installé depuis 1959 à Englewood Cliffs (New Jersey), Juju valut à WAYNE SHORTER des critiques pointant une trop forte ressemblance avec le jeu de Coltrane. Pourtant, si leurs gammes semblent proches, l’album révèle une p...

Elton John - Madman across the water

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Elton John - Madman across the water (1971) L'intimité dévoilée  Lorsqu’on me demande si je suis fan d’ELTON JOHN, je réponds sans hésiter « oui ». Mais je précise aussitôt que mon admiration se limite à sa période 1969-1975. Non pas que la suite de sa carrière manque d’intérêt, mais elle n’a jamais retrouvé l’éclat et la fraîcheur de ses dix premiers albums studio. En février 1971, lorsque ELTON JOHN entre au Trident Studio de Londres pour enregistrer son quatrième album, il est déjà une star aux États-Unis. Dès son deuxième disque, il a su conquérir un public fidèle et obtenir le soutien enthousiaste des médias américains, qui voient en lui la naissance d’une véritable icône rock. Il faudra toutefois attendre deux ans, avec la sortie du monumental Goodbye Yellow Brick Road , pour qu’il devienne une légende mondiale et remplisse les stades pendant plus d’un demi-siècle. Plus homogène que ses prédécesseurs, Madman Across the Water déroute pourtant à sa sortie. Accueill...