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Affichage des articles du décembre, 2025

Kevin Ayers - Joy of a Toy

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Kevin Ayers - Joy of a Toy (1969) Un hédonisme musical assumé Who's Kevin ? Qui est Kevin Ayers ? Joy of a Toy , son premier album solo, offre une clé d’entrée idéale pour dresser le portrait de cet artiste singulier et pour proposer une critique d’une œuvre aussi imaginative que fantasque, profondément marquée par un hédonisme assumé. Ancien membre fondateur de Soft Machine , avec lequel il enregistre The Soft Machine (1968) et Volume II (1969) en tant que bassiste, Kevin Ayers se distingue par un jeu mélodique et non conventionnel, parfois proche de l’improvisation. Une approche qui contribue de manière décisive au caractère psychédélique et expérimental des débuts du groupe. En 1969, épuisé par les tournées et le mode de vie qu’elles imposent, Ayers quitte le groupe sans préavis. La formation originaire de Canterbury traverse alors une période de crise et semble promise à un avenir incertain, une impression qui se révélera finalement erronée grâce aux efforts du ba...

Genesis - Selling England by the Pound

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Genesis - Selling England by the Pound (1973 ) Le monde est enfin prêt pour Genesis L’apogée du rock progressif Il y a deux Genesis :  Celui de Peter Gabriel, frontman charismatique et visionnaire. Et celui qui émergera après son départ, mené par Phil Collins (batteur historique du groupe, devenu chanteur peut être par nécessité). En 1975, Gabriel quitte Genesis , se disant étouffé artistiquement. Les tensions internes se sont accrues autour de sa place de plus en plus médiatisée : public et presse en venaient à réduire Genesis à son seul chanteur, une situation que les autres membres supportaient de plus en plus mal, malgré une collaboration musicale toujours prolifique. Gabriel se lance alors dans une carrière solo, avec le succès que l’on connaît. Collins reprend le micro tout en restant batteur (du moins en studio). Soyons honnête : A Trick of the Tail (1976), premier album avec Collins au chant, est un très bon disque. C’est même celui qui m’a fait découvrir...

The Who - Who's Next

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The Who - Who's Next (1971) Un monument bâti sur des ruines Lorsque l'échec fait parti du succès  Who’s Next est souvent présenté comme le sommet créatif des Who . L’argument se tient, même si The Who Sell Out (1967) me semble, à titre strictement sémantique, encore un cran au-dessus. En revanche, le cinquième album du groupe londonien frappe autrement : plus frontal, plus viscéral, il impose des compositions d’une puissance émotionnelle inédite et d’une modernité sonore alors révolutionnaire. Ironie de l’histoire, cet album majeur naît d’un échec. Celui de Lifehouse , un opéra rock futuriste imaginé par le guitariste Pete Townshend, projet démesuré mêlant film, concerts interactifs et récit de science-fiction. Townshend y esquisse une dystopie où la musique est contrôlée par un état totalitaire et où chaque individu est réduit à une simple note dans un système globalisé. Une vision aussi ambitieuse que (possiblement) prémonitoire. Mais Lifehouse s’avère rapidement...

Nazareth - Hair of the dog

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Nazareth - Hair of the dog (1975) Vous reprendrez bien un petit remontant ? Avec Hair of the Dog , NAZARETH signe une démonstration de force brute. Pas besoin d’artifices, ni de claviers inutiles : une guitare acérée, une basse implacable, une batterie qui martèle et cette voix râpeuse entretenue au scotch des Highlands suffisent à allumer la mèche. Le résultat ? Un album taillé dans le granit, explosif, où chaque riff bluesy claque comme une gifle. À l’écoute, impossible de ne pas percevoir l’onde de choc qui inspirera (peut-être) les frères Young et leur machine de guerre nommée AC/DC. Hair of the Dog n’est pas seulement un disque culte des années 70, c’est une pièce maîtresse de ce hard rock primal, fiévreux et sans concession. Sorti en 1975, Hair of the Dog marque le sixième opus studio de NAZARETH. Enregistré au Escape Studio, dans le Kent, puis peaufiné au légendaire AIR Studio de Londres, l’album s’impose comme le plus grand succès commercial du quatuor écossais, a...

Creedence Clearwater Revival - Green River

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Creedence Clearwater Revival - Green River (1969) "Green River" ou l'Amérique à l'état brut John Fogerty, un atout majeur   Creedence Clearwater Revival , c’est le rock dans sa forme la plus épurée : une musique directe, sans apprêt, jouée avec une telle évidence que chaque riff semble déjà appartenir au mythe. Chez CCR, rien ne sonne démonstratif, tout paraît naturel, comme si la légende se fabriquait à hauteur d’homme. Le groupe peut compter sur un atout majeur : son frontman, John Fogerty, chanteur, guitariste et principal compositeur, qui puise une large part de son inspiration dans les souvenirs de son enfance. Sa plume, à la fois simple et précise, transforme l’ordinaire en récit universel. À la fin des années 60, Creedence Clearwater Revival s’impose comme l’un des groupes les plus prolifiques de la scène américaine. En l’espace d’une seule année, le quatuor aligne trois albums majeurs : Bayou Country en janvier 1969, Green River en août, puis Wi...

Jethro Tull - Thick as a Brick

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Jethro Tull - Thick as a Brick (1972) La flûte "progressive" enchantée Tout le contraire d'un album stupide, borné et difficile à comprendre Thick as a Brick est un véritable album-concept, sans guillemets, sans ambiguïté. Une réponse malicieusement cinglante aux critiques qui, trop pressés, avaient classé leur précédent album Aqualung comme tel, au grand déplaisir d’un Ian Anderson alors en pleine confiance, flûte au vent et humour acéré en bandoulière. Piqué au vif, le frontman imagine donc un concept-album qui parodie joyeusement les concept-albums. Le prétexte officiel ? La mise en musique d’un poème interminable écrit par un enfant prodige de huit ans, Gerald Bostock. Une supercherie délicieuse, aussi crédible qu’un éléphant en salopette. Anderson se moque à la fois des musiciens trop graves et des critiques trop prompts à intellectualiser chaque souffle de flûte traversière. Le pari est pourtant magistralement remporté : Anderson et sa bande, barbes fin...

The Kinks - Muswell Hillbillies

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The Kinks - Muswell Hillbillies (1971) L'album le plus américain des Kinks Muswell Hill : chronique rock d’un quartier populaire du nord de Londres Muswell Hillbillies ne cherche pas à placer un hit, et c’est précisément ce qui fait sa force. Paradoxalement, cet album sans ambition commerciale évidente est (sûrement) le meilleur des frères Davies et leurs acolytes. Les Kinks viennent alors de signer chez RCA, un contrat qui leur offre un luxe rare : du temps, une totale liberté artistique et personne pour leur souffler à l'oreille. Ray Davies s’engouffre dans cet espace libéré pour tourner définitivement la page des riffs bruts et immédiats de You Really Got Me . Place désormais à un rock country narratif, social, parfois amer mais taillé dans l’humour et la poésie. Ray se mue en écrivain de rue, chroniqueur tendre-amer de cette Angleterre ouvrière qu’il connaît par cœur. Muswell Hill , leur quartier d’origine ravagé par les bombardements lors de la secondes guer...

Grateful Dead - Blues for Allah

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Grateful Dead - Blues for Allah Un prince arabe remixé par une bande de chamans californiens. Coran alternatif Fayçal (à ne pas confondre avec “faciale") Ben Abdelaziz Al Saoud, roi d’Arabie saoudite, est assassiné le 25 mars 1975 par l’un de ses neveux. Quel rapport avec Blues for Allah ? Aucun, ou presque. Sauf si l’on prête foi à cette rumeur improbable : le monarque aurait été fan des Grateful Dead , tel un autocrate parachuté en plein trip, sous LSD, dishdasha trois pièces contre guitares déglinguées, protocole contre chaos...ben voyons ! Plus sérieusement, à l’époque, le Moyen-Orient est une poudrière. Peut-être que “The Dead”, conscients de ce climat électrique, ont voulu tendre une main symbolique vers l’Orient en invoquant Allah dans un geste quasi mystique. Quoi qu’il en soit, Blues for Allah demeure l’un des albums les plus audacieux du groupe. Un tapis volant s'élevant sur une fumée de canabis qui occupe une place à part dans leur discographie. Expéri...

David Bowie - Station to Station

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David Bowie - Station to Station (1976) Chrononique de "Station to Station" ou l'oeuvre d'un génie paranoïaque. Neige sur Los Angeles Nous sommes en 1975. Voilà un an que David Bowie vit exilé à Los Angeles, enfermé dans une villa luxueuse décorée d’antiquités égyptiennes, éclairée jour et nuit par des centaines de bougies noires. La ville, réputée pour son soleil et ses palmiers, prend pour lui des airs d’enfer blême. Bowie, obsédé par l’occultisme, ne se nourrit plus que de poivrons et de lait. Dans son jardin, il jure voir le diable surgir d’une fontaine. La nuit, en entrouvrant les yeux, il aperçoit des cadavres tomber du toit, comme des présages suintant de son subconscient ravagé. Il est êgalemement persuadé que des sorcières viennent voler son sperme pendant son sommeil. Autant dire que la cocaïne n’est pas étrangère à ce théâtre mental et il est vrai qu'il en consomme alors en quantité astronomique. Bowie n’est plus Ziggy Stardust, ni Aladdin S...